Chypre : réquisition des dépôts pour sauver les banques


18/03/2013 par Therese 4 réponses (4)

Banques Chypriotes 9 fois le PIBC’est une mesure que l’on ne croyait possible que dans un état en guerre : l’état Chypriote veut réquisitionner sans sommation (une partie) les dépôts bancaires de ses citoyens au nom d’une taxe exceptionnelle.

Faut-il s’en inquiéter ? Clairement : oui, car cette mesure crée un précédent dans l’Union Européenne. Elle nous rappelle à une tendance de fond : la liberté des citoyens de disposer de leur argent est de plus en plus restreinte :

  • Tout d’abord, il faut se rappeler que l’argent déposé sur un compte bancaire n’appartient plus au déposant mais à la banque –l’épargnant possède une créance sur cette banque.
  • Ensuite, l’état contrôle et restreint de plus en plus étroitement les transactions entre particuliers. Par exemple, au nom de la lutte contre le blanchiment d’argent, les transactions en argent liquide sont légalement limitées et on doit justifier de l’origine et la destination de transferts de fonds électroniques importants.

Que s’est-il passé à Chypre ?

L’Etat Chypriote a proclamé son intention de réquisitionner 6,75% de tous les dépôts bancaires en dessous de 100 000 euros et 9,9% des dépôts bancaires au delà de ce montant. En échange, les épargnants devraient recevoir des parts des banques que leur argent contribuera à sauver d’une faillite qui aurait entraîné la faillite de l’Etat tout entier.

Dès l’annonce de cette mesure samedi matin, tous les transferts et retraits bancaires ont été bloqués. Seule une minorité de Chypriotes a pu retirer un peu d’argent tant qu’il en restait dans les distributeurs.

Les épargnants Chypriotes se voient donc privés de leur droit fondamental à disposer de leur argent. Ils sont également privés de la garantie des dépôts bancaires qui, dans l’Union Européenne, garantit les dépôts bancaires à hauteur de 100 000 euros en cas de faillite d’un établissement.

Privation des profits, socialisation des pertes

Comment en est-on arrivé là ?

Comme dans beaucoup de pays le secteur bancaire chypriote a implosé en vol. Problème : il était beaucoup trop gros pour l’économie du pays.

Histoire en 6 étapes :

  1. Le secteur bancaire chypriote a explosé dans les dix dernières années, pour atteindre près de 9 fois la richesse productive de la nation mesurée par le PIB national, soit 18 milliards d’euros. La fragilité et le risque systémique que représentait ce secteur étaient connus.
  2. Le secteur était fortement concentré, les 2 premières banques du pays pesant chacune plus de deux fois le PIB.
  3. Ces banques, étant fortement exposées à la dette grecque et au marché immobilier, avaient besoin de 17 milliards pour se renflouer.
  4. L’Etat chypriote était déjà endetté pour 15 milliards d’euros, soit 84% du PIB au 3ème trimestre 2012.
  5. L’Union Européenne et le FMI, voulant éviter son surendettement au delà de 150% du PIB, n’ont donc accepté de lui prêter que 10 milliards et ont exigé qu’il puise le reste dans les ressources du pays.
  6. Plus des 2/3 des comptes bancaires chypriotes étant détenus par des étrangers –dont de nombreux riches Russes et Grecs échappant ainsi à la fiscalité de leur pays–, le gouvernement chypriote a imaginé cette mesure radicale pour les mettre à contribution.

Le parlement chypriote doit approuver cette mesure demain. Comme le rapportent Les Echos et Reuters,  on parle d’un assouplissement pour épargner les plus petits épargnants.

La résolution de cette crise, et en particulier la manière dont réagiront les épargnants à Chypre et dans toute l’Europe, influencera tous les marchés. On observait déjà aujourd’hui à midi une baisse de l’euro.

Voilà encore une manifestation de l’adage qui marquera ces deux premières décades du 21ème siècle : à la privatisation des profits par une finance spéculative qui a fait s’enrichir une fraction de la population, succède la socialisation des pertes, c’est à dire le report sur toute la population y compris les plus pauvres du coût de la crise crée par les excès de cette finance.

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

4 réflexions au sujet de « Chypre : réquisition des dépôts pour sauver les banques »

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