Hausse du CAC 40 – les bourses sous perfusion


28/05/2013 par Therese 2 réponses (2)

Bourses en forte hausseAlors que la France est en récession, son indice boursier, le CAC 40, est à son plus haut depuis 4 ans. Les bourses sont en forte hausse grâce à l’assouplissement quantitatif, c’est-à-dire aux liquidités injectées par les Banques Centrales. Cette croissance financière déconnectée de l’économie réelle rappelle sinistrement la bulle financière qui a conduit à la crise de 2008. Les épargnants qui le peuvent participeront à cette envolée avec la plus grande vigilance.

La France est en récession

Au premier trimestre 2013, le Produit Intérieur Brut (PIB) de la France a reculé à nouveau de 0,2% après une baisse identique au trimestre précédent. La dette publique a franchi la barre des 90% du PIB. Les industriels prévoient une baisse de 4% de l’investissement pour 2013. Le chômage est au plus haut. Et même la consommation flanche, accusant une baisse de 0,4%. Bref : L’ambition de finir l’année avec une croissance du PIB positive en France apparaît clairement comme une chimère.

Les prévisions de croissance des autres grandes puissances sont modestes. La croissance du PIB prévue par le FMI pour 2013 est de 1,9% pour les Etats-Unis, 0,7% pour le Royaume-Uni, 0,6% pour l’Allemagne — en comparaison avec -0,1% pour la France.

Seules la Chine et l’Inde font l’objet de prévisions de croissance nettement positives, soit 8% et 5,7% respectivement. Mais ces pays sont également impactés par le ralentissement mondial et ont de plus en plus de mal à jouer leur rôle de réservoir de croissance. Tous les chiffres cités sont les dernières prévisions du FMI, actualisées en avril 2013.

Pourtant, la bourse est en forte hausse

La bonne performance des marchés boursiers observée en 2012 n’avait pas réussi à faire revenir les particuliers vers les marchés action. Cette hausse était censée continuer à un rythme moins rapide en 2013.

En réalité, la hausse boursière s’est accélérée :

  • La hausse du CAC 40 est de 6% depuis le début de l’année et de 30% sur les derniers douze mois. En mai, le CAC 40 a brièvement repassé la barre des 4 000 points pour la première fois depuis la crise de 2008.
  • Le Dow Jones progresse de 14% depuis le début de l’année et de 22% sur douze mois. L’indice américain a dépassé la semaine dernière ses niveaux records d’avant crise de 2008.
  • L’indice japonais, le Nikkei, progresse de 36% depuis le début de l’année et de près de 70 % sur douze mois. Le caractère risqué de cette envolée vertigineuse s’est manifesté dans la chute brutale de 7% enregistrée le 23 mai 2013.
  • L’indice allemand, le DAX, et l’indice anglais, le FTSE, progressent également fortement, respectivement de 32% et 25% sur 12 mois.

Comment est-ce possible et quelles conclusions l’épargnant peut-il en tirer?

L’assouplissement quantitatif met les marchés sous perfusion

Les observateurs, comme par exemple Les Echos, s’accordent sur ce point : la principale cause de la hausse des marchés boursiers n’est pas la reprise économique mais bien l’injection massive de liquidités par les gouvernements européens, américains et asiatiques.

C’est le résultat d’une politique monétaire appelée « Assouplissement Quantitatif« , en anglais « quantitative easing« . Son but est de soutenir l’économie en luttant contre la déflation, c’est-à-dire contre un environnement économique au point mort où l’activité ralentit, les prix baissent, les banques gèlent leurs crédits et les banques centrales ne peuvent plus agir sur les taux d’intérêt directeurs déjà proches de zéro.

L’assouplissement quantitatif consiste à élargir la masse monétaire, l’argent en circulation, non pas directement en actionnant « la planche à billets » –c’est-à-dire en faisant imprimer de la monnaie papier par la Banque Centrale qui contrôle la monnaie d’un pays– mais en faisant acheter par cette même Banque Centrale des titres détenus par les banques du pays. En achetant, par exemple, des bons du Trésor et des créances hypothécaires aux banques, la Banque Centrale met à leur disposition des liquidités qui, en théorie, doivent les aider à financer l’économie réelle, entreprises et particuliers.

L’avantage de l’assouplissement quantitatif sur la planche à billets est que le processus est transparent et, en théorie du moins, temporaire et réversible.

L’assouplissement quantitatif a été utilisé par la plupart des Banques Centrales, dont la Banque Centrale Européenne (BCE), pour limiter l’effondrement des marchés après la crise de 2008.

Une nouvelle bulle financière ?

Deux principaux acteurs de la politique d’assouplissement quantitatif influencent aujourd’hui toutes les bourses mondiales à la hausse. Ce sont les Etats-Unis et le Japon, qui font des injections massives de liquidités sur les marchés financiers :

La hausse des marchés boursiers n’est donc pas due à une reprise massive de l’économie réelle  mais à une véritable perfusion, une injection massive de liquidités dont la continuation est très incertaine.

L’injection de liquidités dans les marchés financiers est censée irriguer l’économie réelle en permettant aux banques de prêter de l’argent aux autres banques, aux entreprises et aux particuliers. Mais, au moins dans un premier temps, cette politique profite avant tout aux marchés financiers. C’est logique : une banque qui obtient à bon compte des liquidités abondantes préfèrera les placer sur des marchés boursiers en croissance de 20% et plus, que de les prêter à 4% à un particulier ou à une entreprise ! La masse de liquidité entretient donc une croissance boursière artificielle.

On peut parler de bulle quand les prix des titres augmentent de façon irrationnelle sur une base purement spéculative : la conviction que les prix vont continuer à monter indépendamment de la réalité économique des actifs sous-jacents. On croit que les prix vont monter, on achète, ça fait monter les prix, etc. Les investisseurs les plus malins se retirent lorsque l’exagération des prix devient trop apparente. Cela peut créer un mouvement de panique. Les prix s’effondrent alors rapidement, c’est l’éclatement de la bulle.

Dans le cas des marchés boursiers actuels, s’il y a bulle, cette bulle est soutenue par les politiques des Banques Centrales.

Les épargnants au pied du mur

On pourrait discuter à l’infini du pour et du contre des politiques monétaires d’assouplissement quantitatif. De nombreux critiques, comme Paul Krugman, accusent ces politiques d’hypothéquer l’avenir des générations futures.

Mais pour l’épargnant d’aujourd’hui la question n’est pas (qu’)une question politique. Il s’agit surtout d’une question pratique : chacun doit décider s’il a les moyens financiers et l’appétit du gain et du risque nécessaires pour profiter de cette envolée boursière.

L’incertitude est très grande. Plus que jamais, l’épargnant doit garder à l’esprit qu’il n’y a pas de haut rendement sans risque.

Trois cas de figure se dessinent :

  1. Le ménage qui n’a pas de surplus d’épargne disponible ne sacrifiera pas sa stabilité financière. La plupart des ménages français n’ont pas d’épargne ou pas d’autre épargne que leur indispensable épargne de précaution. Dans le meilleur des cas, ils ont également des placements à long-terme, de type PEL ou PERP, c’est-à-dire des fonds engagés dans des projets comme l’achat de leur résidence principale ou la constitution de leur retraite. N’ayant pas d’épargne disponible, ces ménages ne pourront pas participer à l’envolée de la bourse. Leur épargne leur rapportera donc entre 1,75% et 3% net maximum, tandis que les bourses progressent 10 fois plus vite. C’est ainsi que durant les cycles de hausse boursière les petits épargnants s’appauvrissent relativement aux investisseurs plus aisés, qui ont un capital non seulement plus important mais plus mobile (Note [1]).
  2. Le ménage qui a de l’épargne disponible mais peu d’implication et d’appétit du risque profitera de la bourse essentiellement à travers un portefeuille diversifié. Pour cet épargnant qui ne peut suivre les marchés au jour de jour et encore moins heure par heure, il est important de garder la tête froide. Il lui faut considérer avec lucidité qu’en ne participant aux marchés boursiers qu’à travers des réseaux de grande distribution financière de type banque et assurance grand public, il a souvent un métro de retard sur les tendances boursières. Concrètement : il est déjà un peu tard aujourd’hui pour profiter de cette vague de hausses. En effet, l’erreur la plus répandue est d’acheter au plus haut quand toute la presse parle de la hausse –ce qui est le cas en ce moment–, et de vendre au plus bas quand tout le monde s’affole. C’est arrivé à plus d’un épargnant lors de la crise de 2008 ! Un épargnant prudent verra donc dans la hausse actuelle une raison de maintenir une certaine exposition au risque boursier à travers les cycles de hausse et de baisse grâce à des produits grand public de type tracker, PEA ou assurance vie multisupport.
  3. L’investisseur actif suivra les marchés comme l’huile sur le feu. L’investisseur qui a la chance d’avoir à la fois les moyens et l’appétit du risque et du gain nécessaires pour participer à la hausse des marchés boursier prendra des positions, y compris sur les marchés les plus performants comme les marchés asiatiques. Des évènements comme la chute de 7% du Nikkei le 23 mai ne manqueront pas de lui rappeler les risques encourus. L’investisseur actif français sera néanmoins freiné dans ses élans par la lourde fiscalité qui frappe les plus values dégagées par la détention directe de titres et par le trading à court-terme.

Le CAC 40 n’a pas retrouvé son niveau d’avant les crises

On investit normalement plus judicieusement sur des marchés et des valeurs qu’on connaît. Mais les épargnants français réfléchiront à deux fois avant d’investir français.

Le CAC 40 n'a pas retrouvé son niveau d'avant 2008

Malgré une hausse du CAC 40 spectaculaire sur les derniers douze mois, les performances de l’indice français sont moins bonnes que celles des bourses étrangères. Le CAC 40 reste 30% en dessous de ses records d’avant les crises de 2001 et de 2008, alors que les indices étrangers comme le DOW américain, le FTSE anglais et le DAX allemand ont retrouvé, et même récemment dépassé, leurs niveaux records d’avant crise.

Les optimistes verront dans cette faiblesse des valeurs françaises une opportunité, en ce sens que les valeurs françaises seraient sous-estimées. Les pessimistes estimeront que les valeurs françaises sont durablement pénalisées par la taxe sur les transactions financières (TFF) et par le climat d’incertitude économique et fiscale de la France.

Note 1 : La concentration du patrimoine des ménages français sur les 10% les plus riches a augmenté de 46% à 48% entre 2004 et 2010, Source INSEE 2011.

 

 

 

 

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

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