Compte Nickel : Le compte sans banque. Une nouvelle finance


18/10/2013 par Therese 8 réponses (8)

Nickel : compte sans banque

Le compte Nickel est un pavé dans la mare du paysage bancaire français : combinaison inédite de carte de paiement et de domiciliation bancaire, approche low cost, distribution inusuelle par les bureaux de tabac, technologie de pointe et transparence sur les tarifs… C’est une alternative à la relation bancaire classique. Trouvera-t-elle son public ? Tout est possible. On le lui souhaite.

Le 16 octobre 2013, la société Financière des Paiements Electroniques a annoncé un accord de distribution exclusif de son compte Nickel par les bureaux de tabacs représentés par la Confédération Nationale des Buralistes de France.

Le compte Nickel est innovant sur tous les plans.

 

Une combinaison inédite de services financiers

Le compte Nickel est révolutionnaire parce qu’il combine deux services qui, auparavant, ne pouvaient être offerts ensemble que par les banques. Or la Financière des Paiements Electroniques n’est pas une banque, mais un établissement de paiement. C’est un nouveau type de service financier, récemment créé à la suite d’une directive européenne de 2007. On en comptait environ 200 en France en janvier. Grâce à ce nouveau statut, le Compte Nickel combine :

  • une carte de paiement MasterCard qui permet de payer en France et à l’international. C’est une carte de débit à autorisation systématique qui ne permet aucun découvert. Un paiement par carte n’est effectué que si le compte, interrogé en temps réel, est approvisionné. Le paiement est immédiatement débité.
  • une domiciliation bancaire. Le compte Nickel fournit une identité bancaire, il permet d’éditer un relevé d’identité bancaire (RIB), de recevoir un salaire ou des allocations. Le titulaire du compte peut aussi approvisionner son compte en déposant du liquide au bureau de tabac, dans la limite de 250 euros par jour et 750 euros par mois.

Contrairement à une banque, Nickel n’utilise pas l’argent déposé par les clients pour le placer ou le prêter à d’autres clients. L’argent est immobilisé dans un compte de cantonnement tenu par une filiale de Crédit Mutuel Arkea. Le compte Nickel n’est pas un compte bancaire ordinaire mais un compte de paiement, un peu comme un compte PayPal.

N’offrant aucune possibilité de crédit, même sous forme de découvert involontaire, la Financière des Paiements échappe aux réglementations contraignantes des établissement de crédit, telles que la constitution de réserves importantes de capital et la constitution d’un dossier approfondi sur chaque client. Résultat : La société a besoin de moins de capital et a des coûts moindres. Cela lui permet de faire des prix bas. 

Comment ça marche ?

Pour ouvrir un compte Nickel, il suffit de payer 20 euros pour les frais de compte annuels et de présenter une carte d’identité, une adresse vérifiable et un téléphone mobile.

Utilisant une borne dédiée (un terminal rouge et blanc qui cache une grande sophistication sous l’apparence d’une ardoise magique des années 60), le client enregistre ses données et scanne sa pièce d’identité. Le buraliste – qui est pour cela agréé par l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP) – vérifie l’identité de la personne et l’exactitude des données. Il émet ensuite instantanément la carte de paiement Mastercard et deux RIB. En quelques minutes, le compte Nickel est prêt à fonctionner. Le client reçoit son PIN par SMS.

Les dépôts et les retraits en liquide sont payants, à des tarifs variant entre 0,50 euros pour un retrait de liquide chez le buraliste, 1 euro pour un retrait au distributeur, et 2% de commission pour un dépôt en liquide chez le buraliste. D’après les fondateurs, un usage normal devrait occasionner des frais d’environ 15 euros, soit au total 35 euros par an. Un usage intensif devrait coûter environ 50 euros au total. Par comparaison, un compte bancaire coûte en moyenne 191 euros par an d’après Panorabanque.com.

Qui pourrait avoir besoin de ces services ?

On pense d’abord aux personnes qui n’ont pas de compte en banque, les « non bancarisés ». Il y en aurait près de 500 000 en France.

On pense surtout aux 1,4 millions de personnes qui sont en situation d’interdit bancaire, c’est-à-dire qu’ils n’ont plus le droit d’émettre des chèques à la suite de chèques sans provision ou d’une situation de surendettement. Le compte Nickel leur permettra de fonctionner hors du système bancaire où ils ne se sentent pas forcément bienvenus – même si, en principe, la réforme bancaire de 2013 renforce l’inclusion bancaire des populations défavorisées [Note 1]. Pour ces populations, le plus gros avantage du compte Nickel est qu’il est conçu d’emblée pour prévenir tout incident de paiement. De plus, si un incident se produit quand même, par exemple à la suite d’un prélèvement, le rejet du paiement est gratuit. Cela contraste avec les commissions bancaires, appelées commissions d’intervention, pour incidents de paiement qui peuvent coûter jusqu’à 20 euros par mois pour une personne à faibles ressources (80 euros pour les autres).

Mais les clients potentiels du compte Nickel ne se limitent pas aux exclus du système bancaire. Dans un esprit typique d’une jeune entreprise innovante, les créateurs du compte Nickel pensent que les consommateurs inventeront de nouveaux usages pour ce compte. Les avantages du compte : coût bas, simplicité, sécurité, gestion en libre service et en temps réel… en feront peut-être un deuxième compte pour acheter sur Internet, un compte étudiant, un compte de dépense pour travailleur nomade…

Une technologie de pointe

La simplicité apparente du compte Nickel repose sur des technologies de pointe inventées et assemblées par un ingénieur surdoué, le président de la société Financière des Paiements Electroniques, Ryad Boulanouar. Ces technologies permettent, entre autres, de :

  • Connaître son solde en temps réel. Un des avantages  exclusifs du compte Nickel est de pouvoir connaître le solde exact de son compte à tout moment, en temps réel. Un SMS suffit.
  • Gérer son compte en ligne. Tous les moyens électroniques d’accès au compte, sur Internet et sur mobile, sont gratuits. Chaque virement reçu ou prélèvement à venir est précédé d’un email ou d’un SMS gratuit. Une hotline -appel facturé au tarif local- est également disponible.
  • Prévenir la fraude et assurer la sécurité. La borne d’enregistrement des clients détecte les fausses cartes d’identité. La Financière des Paiements Electroniques satisfait à toutes les exigences des lois contre la fraude et le blanchiment de l’argent, notamment par la détection automatique des opérations potentiellement frauduleuses.

Une alternative à la banque classique

Les créateurs du compte Nickel sont des entrepreneurs expérimentés qui sont animés par la volonté d’innover et d’offrir un véritable alternative à la banque classique.

Fondateurs du compte Nickel

Hughes Le Bret et Ryad Boulanouar jouent les buralistes

Hugues Le Bret, président du conseil, est l’ancien président de Boursorama, la banque en ligne de la Société Générale. Il a déjà bien secoué le monde financier en publiant il y a 3 ans son journal de l’affaire Kerviel. Il récidive aujourd’hui avec « No Bank : L’incroyable histoire d’un entrepreneur de banlieue qui veut révolutionner la banque », un livre dans lequel il relate la création de la Financière des Paiements Electroniques par Ryad Boulanouar.

Ces dirigeants et leurs associés dans la Financière des Paiements Electroniques proposent une approche low cost et transparente des services de finance personnelle en rupture avec la banque classique.

  • Les prix bas sont atteints par une simplification radicale de l’offre, réduite aux services les plus utiles pour les consommateurs : les paiements et la domiciliation bancaire. Les services coûteux comme les autorisations de découvert, qui, de plus, sont dangereux pour beaucoup de consommateurs à faibles revenus, sont supprimés. D’où le slogan du compte Nickel : 100% utile, 0% toxique.
  • Pour démontrer son intention de ne pas exploiter indûment ses clients, la Financière va plus loin : elle publie le détail des commissions perçues par les buralistes et certains éléments de ses coûts.

Cet effort de transparence est caractéristique d’une nouvelle finance, parfois appelé finance 2.0, qui veut bouleverser l’ordre établi et les rentes de situation et se donne pour cela de nouveaux moyens, plus technologiques.

Conclusion

Innovant sur tous les plans : produit, service, prix, technologie, réseau de distribution, communication… le compte Nickel est une véritable alternative et un énorme défi.

  • Les buralistes voudront-ils le distribuer ? Ils sont certes à la recherche de nouvelles sources de revenus, mais sauront-ils correctement exploiter celle-ci ?
  • Les clients se satisferont-ils de cette offre très limitée ? Créeront-ils de nouveaux usages ? Feront-ils plus confiance aux buralistes qu’aux banquiers ?
  • Les banquiers, aux abois pour garder leurs clients face à la concurrence croissante, réagiront-ils?

Rien n’est gagné. Mais les fondateurs du compte Nickel ont déjà affronté mille obstacles pour le créer. Ils ont certainement l’expertise et le talent nécessaires pour mener à bien cette aventure.

Pour l’instant, le compte Nickel est en phase de test auprès d’un millier de clients. La société recrute des buralistes et espère en compter 600 ou 700 d’ici un an. On leur souhaite bonne chance !

[Note 1] La réforme bancaire de juillet 2013, qui devrait entrer en application prochainement, a renforcé les obligations des banques envers les populations défavorisées, par exemple les ménages à bas revenu en situation de surendettement. Ces personnes bénéficient d’un plafonnement des commissions d’intervention pour incident de paiement à 20 euros par mois (contre 80 euros par mois pour la population en général). Elles peuvent également bénéficier dans certaines circonstances du droit au compte , c’est-à-dire d’un accès gratuit aux « services bancaires de base », dont la liste comprend plus de services que le compte Nickel. En pratique, pour bénéficier du droit au compte, il faut s’être vu refuser l’ouverture d’un compte, ce que les banques ne font pas. Seules 23 270 personnes bénéficient actuellement du droit au compte et il est douteux que cela change beaucoup.

 

Recevez gratuitement notre newsletter d’infos pratiques !

 

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

8 réflexions au sujet de « Compte Nickel : Le compte sans banque. Une nouvelle finance »

  1. Ping : No Bank, un banquier rebelle en action

  2. Ping : Le futur de la banque, interview avec Hugues Le Bret

  3. Ping : Le Compte Nickel tient ses promesses | Finance Pratique - Le blog

  4. Ping : Les français résignés à ne contrôler que leurs dépenses

  5. Ping : Réduire les frais de découvert bancaire non autorisé

  6. Franck

    Compte nickel dans ses conventions de compte ne vous autorise a aucun découvert chaque translation ne peut être approuvé que par un car pas de chéquier et débit immédiat sur la carte. Il se peut su il comptabilise pas en tant réel vos débits car il bug informatique ment, vous dépensez croyant avoir le crédit et car il y a eu débit autorisé. Et après vous vous retrouvez a découvert et vous menace de contentieux. Alors que c’est eux les responsables

    Répondre
  7. Jack-R

    Le seul inconvénient du Compte Nickel c’est qu’il coûte PLUS CHER qu’une banque en ligne gratuite, évidemment (Boursorama, Hello bank, ING Direct, Bforbank, Fortuneo, Soon… le choix ne manque pas). Personnellement, ne payant aucun frais bancaire depuis au moins 15 ans (et n’ayant pourtant aucun revenu ou presque), ça me gênerait fort de payer 1 euro à chaque retrait au distributeur !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*