Le futur de la banque, Interview avec Hugues Le Bret


21/11/2013 par Therese 4 réponses (4)

Hugues Le Bret

Crédit photo : Christophe Guibbaud, Abacapress.com

Hugues Le Bret, ex-PDG de Boursorama et directeur de la communication à la Société Générale, aujourd’hui co-fondateur de la Financière des Paiements Electroniques et auteur du livre No Bank partage quelques réflexions sur le Compte Nickel et sur le futur de la banque.

Bonjour Hugues. Le compte Nickel est une offre low cost qui associe une carte de paiement à autorisation systématique et une  domiciliation bancaire. Comment cette offre se distingue-t-elle des offres à bas prix des grandes banques ou du droit au compte que toute banque est censée offrir gratuitement ?

Concrètement, très peu de gens bénéficient du droit au compte car les banques font tout pour l’éviter. Les banques ont des offres low cost, mais ces offres sont toujours assorties de frais liés à des services bancaires dont beaucoup de clients n’ont pas besoin, et qui parfois leur nuisent, comme les crédits, qui mènent au surendettement. Le compte Nickel est une alternative radicale en cela qu’elle simplifie l’offre et supprime toute forme de crédit.

De plus, le compte Nickel est une triple innovation sur le plan de la technologie, de la distribution et du modèle de business. Sur le  plan technologique, il offre l’ouverture de compte et l’actualisation du compte en temps réel. Sur le plan de la distribution, il utilise le réseau des buralistes. Et enfin, sur le plan légal, l’entreprise n’est pas une banque, mais un établissement de paiement.

Pourquoi avoir choisi les buralistes comme réseau de distribution pour le Compte Nickel ? N’y-a-t-il pas une contradiction entre ce réseau plutôt traditionnel, plutôt en perte de vitesse et un produit innovant comme le compte Nickel ?

D’abord, le réseau des buralistes est le plus grand réseau de distribution de France. Il y a moitié plus de buralistes que de bureaux de poste. Cela fait 27 000 dans toute la France, y compris dans des petites communes où il n’y a pas de banque. En moyenne, les buralistes voient passer 500 clients par jour. Ce sont de formidables relais commerciaux, qui sont tout à fait capables de vendre des produits innovants. Ce sont eux qui ont fait le succès des cartes téléphoniques prépayées. Les buralistes sont depuis longtemps bien plus que des bureaux de tabacs, ils sont agréés pour la vente de moyens de paiement et de nombreux autres produits règlementés comme les timbres fiscaux, les jeux de la Française des Jeux et du PMU.

Les buralistes sont des entrepreneurs. Ils travaillent dur, ouvrent tôt et ferment tard. Tout le monde peut pousser leur porte, sans se sentir jugé. C’est important pour les interdits bancaires et les autres populations sous-bancarisées, qui ne se sentent pas à l’aise dans une banque.

Dernière raison, pratique, le Compte Nickel est une start-up fondée avec de l’argent privé. Nous n’avons pas les moyens de dépenser 25 millions, et encore moins 40 millions d’euros, en publicité pour recruter des clients, comme le font certaines banques en ligne. Au lieu de cela, nous avons choisi de nous appuyer sur un réseau de proximité, celui des buralistes.

Vous avez l’expérience d’entreprises de finance très différentes : une grande banque multicanal comme la Société Générale, la  banque en ligne Boursorama, et maintenant une start-up financière. Comment voyez-vous le futur de la banque en général ?

Je pense que la banque va encore profondément changer. Tout d’abord, il y a la révolution technologique. Nous sommes les seuls pour l’instant à offrir l’actualisation des comptes en temps réel. Cela permet à nos clients de ne jamais s’endetter. Cela nous permet à nous de ne pas prendre de risque, et donc de pratiquer des prix très bas.

Je pense que la technologie va continuer à évoluer et nous permettre de développer de nombreux services. Je pense, par exemple, à des services de gestion de budget. Quand on parle aux associations, on réalise que beaucoup de situations de surendettement viennent de problèmes tout simples, d’achats à crédit mal compris et mal gérés, de spirales de mauvaises décisions dues à un manque de formation et d’information. Ces problèmes pourraient être évités à l’aide d’applications pédagogiques qui aideraient les gens à maîtriser leur budget. La finance en ligne va continuer à se développer. Pour l’instant, elle ne représente que 2% du marché parce que sa croissance est bridée par les grandes banques. Mais ces verrous vont sauter. On va voir arriver de nouveaux entrants comme le Compte Nickel.

Les nouvelles offres qui vont émerger vont changer progressivement les habitudes de consommation des Français. Ils sont très conservateurs dans leur comportement d’achat financier. Ils épargnent énormément ‒ 16% de leur revenu même en cette période de crise, et ils souscrivent beaucoup de services de la même banque, sans se demander si celle-ci est la meilleure sur ces différents services de paiement, de crédit, d’épargne ou d’assurance, etc. Résultat : les grandes banques françaises vendent plus de 8 produits par compte client, contre 1,2 pour les banques anglaises. Je pense que les acteurs spécialisés, les acteurs low cost comme nous, vont leur prendre des parts de marché. Je crois aussi que le financement participatif prendra de plus en plus de place. Bref, il aura plus de concurrence et de multibancarisation.

Merci, Hugues le Bret !

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

4 réflexions au sujet de « Le futur de la banque, Interview avec Hugues Le Bret »

  1. Ping : No Bank, un banquier rebelle en action

  2. croutard

    Facile de dénigrer le système qui vous a fait star même si un « petit » passage à vide vous amène à vous questionner…
    alors, un système, sans crédit (donc sans confiance) puisque le crédit n’amène qu’au surendettement…facile. Et encore plus facile qd les seuls clients acceptés chez Boursorama avaient un revenu totalement déconnectés des prospects que monsieur Le Bret visent désormais…
    et force est de constater que les premiers clients du compte nickel sont ceux qui veulent avoir une vie parallèle à celle connue de leurs familles (femme-mari)…et ceux là même des fameux exclus bancaires n’ont pas même les moyens de s’en tirer sans crédit au sens sans confiance…
    mais quelle belle idée pour leurrer …et ça marchera..puisque ce « pauvre » monsieur Le Bret est un as de la communication.

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    1. Therese Auteur de l’article

      L’aventure du Compte Nickel est, à mon humble avis, tout sauf facile. Là où je vous suis complètement c’est sur le besoin de crédit pour tous et sur crédit = confiance. Les moins riches doivent pouvoir avoir des projets et trouver des partenaires financiers qui leur font confiance. Le Compte Nickel n’est pas LA solution, mais une solution très particulière. Prochaine étape demain 11 février avec le lancement officiel.

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  3. egle

    Ne disions nous pas il y a 15 ans que Marie NOVAK était une douce rêveuse et que ce qui se pratiquait en Indes ne pouvait se pratiquer chez nous . Il y a incontestablement des problèmes avec les économiquement faibles et les gens écartés du système bancaire . HLB n’en restera pas là , for de l’expérience il construira des outils utiles à faibles coûts et ceci aussi bien dans le domaine du crédit que de l’épargne . Je conclurai en prédisant le retour prochain à la banque sinon locale au moins régionale exclusivement axée sur le coeur de métier, la collecte et le financement local animée par des locaux au service des locaux . Le système mutualiste ou coopératif n’est plus aujourd’hui réellement dans ce schéma quand bien même il se targue de cette spécificité . La crise a démontré s’il en était besoin que le poids des banques et le pouvoir dépassaient ceux des états il convient donc d’en réduire l’envergure et de faciliter leur contrôle et de les réinstaller dans leur rôle statutaire sans plus tout en conservant la tradition de solidarité de place et la garantie de l’état. La critique est facile l’action c’est autre chose . Souhaitons lui et à son Inventeur le succès GE

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