Décrypter la finance, Interview de Flore Vasseur


29/11/2013 par Therese 2 réponses (2)

Flore Vasseur

Flore Vasseur
Photo Gilles Dacquin

Diplômée de l’école de commerce HEC, Flore Vasseur a commencé sa carrière dans le conseil, le marketing et la publicité, aux Etats-Unis et en France. A la trentaine, elle change radicalement de carrière en publiant un premier roman. Son deuxième roman, «Comment j’ai liquidé le siècle», raconte comment un trader fait sauter le système financier mondial. Son troisième roman, « En bande organisée », est également un roman de finance-fiction sur fond de crise de la dette européenne. Elle partage ici ses motivations et comment elle met ses finances personnelles en cohérence avec ses idées.

Bonjour Flore. Vos livres témoignent d’un énorme travail de réflexion sur le monde de la finance et la crise financière, pourquoi avez-vous choisi la fiction pour livrer le fruit de vos recherches et de vos analyses ?

Tout simplement parce que la finance ennuie tout le monde. La fiction me permet de montrer la vulnérabilité du système financier à un public qui peut être rebuté par les pages économiques. Je crois au pouvoir des histoires pour interpeler les gens. Je crois au pouvoir de la fiction pour décrypter le réel, et en particulier décrypter la finance. Sous couvert de fiction, l’écrivain peut prendre plus de liberté pour critiquer et dénoncer. Le livre de fiction est un des rares espaces dans lequel on peut encore faire passer de l’information et exprimer des idées qui ont un peu de substance. Le livre n’est pas dépendant de la publicité comme la presse. La fiction n’est pas soumise à la censure de l’AMF.

Dans « En bande organisée », vous décrivez la crise de la dette européenne, pour ainsi dire de l’intérieur, à travers le vécu de sept protagonistes en charge de gérer cette crise pour le gouvernement français et les banques. D’où avez-vous tiré votre inspiration pour brosser des personnages aussi vivants ?

En bande organisée est un roman très générationnel. Je décris une génération que je connais bien, celle des quadras passés par les grandes écoles. C’est une génération élevée au culte de la performance, de la méritocratie et des slogans qui remplacent la pensée, tels que « Just Do It » de Nike, ou « Parce que je le vaux bien » de l’Oréal. Je vois un parallèle entre ces slogans publicitaires et l’illusion de toute puissance de cette génération, sa croyance en une croissance infinie et sa foi aveugle dans la technologie. Cette génération est aujourd’hui dans l’antichambre du pouvoir, tout en haut de la chaîne alimentaire. Mais derrière ses attributs de pouvoir, elle cache un stress, une perte de sens qui la plonge dans le doute et le désarroi.

Votre livre est extrêmement critique de la politique économique conduite depuis la crise. Vous revendiquez-vous d’une orientation ou d’un parti politique ?

Je ne suis encartée nulle part. Je n’appartiens à personne qu’à ma famille et à mes enfants. Ma seule chapelle, c’est d’essayer de participer à un éveil, une prise de conscience. Je suis sidérée par la pauvreté du débat intellectuel actuel et par l’état de la démocratie. Je pense que cela a un lien direct avec la mauvaise qualité de l’information. J’essaye de lutter contre le refus de réfléchir, le renoncement. Je fais ma part avec mes mots. Si je peux semer des idées, ce sera déjà bien. J’aime penser que mes livres sont des petites bombes littéraires à mettre sous le sapin.

Votre livre contient des flashcodes que l’on peut activer avec son smartphone pour accéder en ligne à des documents de référence sur la réalité de la crise européenne. Comment vous est venue cette idée très originale ?

Les lecteurs de mon précédent livre, qui avait également comme toile de fond le système financier international, m’ont dit qu’ils avaient du mal à discerner la fiction de la réalité. A cause de cette confusion, j’ai été taxée de « complotiste », de mélanger fiction et réalité pour servir une théorie du complot. J’ai trouvé dans les flashcodes un procédé astucieux pour me protéger de ces critiques en indiquant mes sources. Les lecteurs qui le désirent peuvent ainsi accéder aux documents et aux vidéos qui leur permettent de vérifier les faits réels auxquels je fais référence, les noms des personnes et des entreprises impliquées, les dates, les chiffres…

Comment faites-vous vous-même pour gérer votre argent, vos finances personnelles en cohérence avec vos idées ? Pouvez-vous le partager avec les lecteurs de Finance Pratique ?

J’essaye de garder un équilibre entre, d’une part, protéger mon argent et, d’autre part, une approche plus militante qui consiste à faire attention à ce que mon argent finance. Pour protéger mon argent, j’essaye de diversifier mes placements, y compris avec un peu d’or. Je me méfie de la plupart des banques, que je considère comme extrêmement vulnérables. L’Etat n’a pas les moyens de les aider en cas de problème. Cela dit, je suis estomaquée par la capacité du système bancaire à rebondir après la crise. Je ne pensais pas qu’on arriverait à déployer tant d’imagination et tant de moyens pour sauver le système !

Pour donner du sens à mes placements, je participe par exemple à La Nef, une société coopérative de finance solidaire qui a été créée en 1988 avec le soutien du Crédit Coopératif. Elle finance des projets locaux et des projets à caractère social. Les sociétaires participent aux décisions en toute transparence. C’est l’ancêtre du crowdfunding ou financement participatif, mais sans le coté en ligne, sans le virtuel, qui me plaît moins que le coté local, la proximité de la Nef.

Merci, Flore Vasseur ! 

Retrouvez Flore Vasseur sur son blog http://www.florevasseur.com/

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

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