Bitcoin : la monnaie virtuelle plus chère que l’or


05/12/2013 par Therese 2 réponses (2)

Bitcoin, la monnaie virtuelle plus chère que l'or

Créé il y a moins de 5 ans, le bitcoin est la première monnaie virtuelle, entièrement numérique et indépendante de tout Etat, qui rencontre un gros succès. Malgré de nombreux problèmes de sécurité, le marché du bitcoin est reconnu, organisé et adoubé par de gros investisseurs. Sa valeur a été multipliée par 100 en un an. Finance Pratique explique pourquoi.

Record historique : le bitcoin, une monnaie virtuelle créée il y a moins de 5 ans, vaut aujourd’hui plus cher que l’once d’or, soit 1 200 $. Il valait moins de 10 $ l’année dernière et zéro il y a 5 ans.

Pourquoi et comment le bitcoin a-t-il pris tant de valeur en si peu de temps ? Finance Pratique explique.

Le bitcoin (prononcer en anglais bit-coïïnn) n’est ni la première, ni la dernière monnaie virtuelle, mais c’est la seule qui rencontre un énorme succès. Il a été lancé en 2009 par un créateur qui a voulu rester anonyme. Sous le pseudo de Satoshi Nakamoto, cet inventeur a publié en open source, c’est-à-dire de façon à ce que chacun puisse l’utiliser librement, le programme qui permet à des utilisateurs munis d’ordinateurs en réseau de créer des bitcoins, et de gérer ensemble les transactions dans cette monnaie virtuelle.

Comment marche le bitcoin ?

Le bitcoin est une création de génie, extrêmement complexe. En voici les principales caractéristiques :

Le programme : Pour reprendre l’analogie qui a inspiré son créateur, le programme de création des bitcoin imite l’exploitation d’une mine d’or qui s’épuiserait avec le temps. Les ordinateurs en réseau « créent » progressivement des bitcoins en effectuant des calculs de plus en plus complexes au fur et à mesure que grandit le marché. La production de bitcoins s’accroit ainsi de plus en plus lentement jusqu’à atteindre la limite fixée d’avance à 21 millions de bitcoins, ce qui devrait arriver vers 2140. On appelle les ordinateurs qui créent des bitcoins des « mineurs ».

Logiciel : On représente souvent les bitcoins comme des pièces de monnaie. Mais en réalité, ces pièces n’existent pas. Le bitcoin est une monnaie virtuelle, entièrement numérique. Les bitcoins sont donc des morceaux de code logiciel cryptés inscrits sur des comptes numériques, un peu comme les sommes créditées sur un compte bancaire. Posséder des bitcoins exige donc d’avoir un ou plusieurs de ces comptes numériques, appelés porte-monnaie (wallet).

Crypté : Contrairement à un compte bancaire, un compte bitcoin n’est pas identifié par les données personnelles de son propriétaire mais par des codes numériques cryptés. Chaque compte possède ce qu’on appelle une « clé » publique, qui est son identifiant public, l’adresse d’où il peut envoyer et où il peut recevoir des bitcoins. A chaque clé publique correspond une clé privée, qui fonctionne comme un mot de passe et permet de signer, d’autoriser la transaction. Cette deuxième clé doit, bien sûr, être tenue secrète.

Validation par le réseau : Les transactions sont validées par le réseau, grâce à un système complexe dans lequel les ordinateurs du réseau entrent en compétition les uns avec les autres pour résoudre des problèmes mathématiques. Lorsqu’un bloc de transaction est validé, ce qui prend environ 10 minutes, le validateur est rémunéré par 25 bitcoins. Les transactions validées sont enregistrées sur une sorte de grand livre comptable consultable par tous sur blockchain.info.

En quoi le bitcoin diffère-t-il des monnaies classiques ?

Les principales différences viennent de ce que le bitcoin est :

Décentralisé : Le bitcoin ne dépend pas d’un Etat ou d’une banque centrale, ni pour sa création, ni pour sa gestion. Il est exclusivement contrôlé par le programme informatique, conçu pour être géré en réseau de manière à ce qu’aucun participant n’en prenne le contrôle. Cette existence en dehors du système financier établi est vue par beaucoup comme un gros avantage, surtout en ce moment où les Banques centrales comme la Réserve Fédérale des Etats-Unis abusent de l’assouplissement quantitatif, l’équivalent moderne de la planche à billet.

Global et gratuit : Le réseau numérique du bitcoin est global. Les plus grosses plateformes, qui permettent d’acheter ou de vendre le bitcoin avec différentes monnaies courantes telles que le Dollar, l’Euro ou le Yuan, sont japonaise (Mt. Gox) et chinoise (BTC China). Contrairement aux paiements internationaux en monnaie d’Etat, qui sont très chers, les paiements internationaux en bitcoin sont aussi rapides et gratuits que les paiements à l’intérieur d’un pays.

Anonyme et irréversible : Comme l’argent liquide passe de main en main, le bitcoin passe de compte en compte de façon anonyme. Pour éviter l’identification d’un détenteur de compte par ses transactions, qui sont publiques, les services de porte-monnaie bitcoin tels que Coinbase rajoutent des couches d’anonymisation. Le secret de la clé privée d’un compte est d’autant plus important que le créateur du bitcoin a prévu que les transactions seraient irréversibles − ceci afin d’éviter les importants coûts de gestion causés par la réversibilité des paiements. Celui qui perd ou se fait voler la clé privée de ses bitcoins n’a donc aucun recours. C’est arrivé plus d’une fois, par exemple en avril 2013, lorsque les emails du service Instawallet ont été compromis (hackés).

Pourquoi le cours du bitcoin s’est-il envolé ?

En novembre 2013, le cours du bitcoin en dollars a dépassé les 1 200 $, soit le cours de l’or. Il y a aujourd’hui plus de 12 millions de bitcoins en circulation. Il n’est plus possible de créer des bitcoins avec un PC ordinaire, comme c’était le cas au début, car les calculs sont si complexes, et donc si longs, que la seule note d’électricité du PC dépasserait les gains obtenus ! La production et la gestion des bitcoins mobilise aujourd’hui des milliers d’ordinateurs spécialisés (leur nombre est inconnu). Le monde du bitcoin a radicalement changé.

Professionnalisation : Les 1ers utilisateurs du bitcoin étaient un curieux mélange de geeks attirés par la technologie, d’idéalistes libertaires et de criminels qui profitaient de l’anonymat de cette monnaie pour vendre de la drogue, des armes, ou des services de piratage informatique. Ces premiers utilisateurs géraient leurs bitcoins en direct. Mais quand la communauté est devenue plus grande, le bitcoin s’est professionnalisé. Des services de gestion de compte comme Coinbase sont apparus pour rendre l’accès au compte plus facile (évitant par exemple d’avoir à télécharger la base entière des transactions). Des marchands de pizza et des services comme WordPress ont adopté le bitcoin comme moyen de paiement.

RésilienceL’architecture du bitcoin a prouvé sa force en résistant à de nombreuses attaques de « hackers ». Certains services, comme Instawallet mentionné plus haut, ont disparu. Mais les grosses plateformes ont survécu à de nombreux incident techniques, tel que, par exemple, un problème de compatibilité de version logicielle sur Mt. Gox, qui avait fait chuter le cours du bitcoin de 23% en un jour ! Malgré de nombreuses tentatives, personne n’a encore réussi à détourner les programmes de Satoshi Nakamoto. Cette résilience a donc inspiré confiance à un plus grand nombre.

Règlementation : Le succès croissant du bitcoin a attiré l’attention des autorités de contrôle au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne et ailleurs. Elles sont intervenues en particulier pour règlementer les plateformes qui échangent des monnaies existantes contre des bitcoins. Certaines plateformes comme Tradehill ont dû fermer, les autres comme BitcoinCentral sont règlementées comme des services de paiement, obéissant aux règles de lutte contre le blanchiment d’argent (anti-money laundering, AML) et d’obligation de connaître le client (Know, your Customer, KYC).

Spéculation : Enfin et surtout, le succès est venu de l’attrait croissant du bitcoin comme outil de thésaurisation et de spéculation. Ainsi, le bitcoin a été popularisé par la crise de Chypre, quand les épargnants cherchaient des moyens pour échapper à la réquisition de leur compte en banque par l’Etat. Le bitcoin a également fait les gros titres quand de nombreux investisseurs s’y sont intéressés. Les frères Winklevoss, créateurs du concept de Facebook, ont revendiqué au début de l’année détenir 1% des bitcoin en circulation. Les capital risqueurs, eux, ont préféré investir dans l’infrastructure comme dans les systèmes de paiement Bitpay ou Paymium. Aujourd’hui tous les marchés s’intéressent au bitcoin, les Chinois en tête. Le bitcoin a même fait émerger tout un secteur de produits financiers dérivés où les traders parient sur sa hausse ou sa chute !

Conclusion

Le bitcoin est donc devenu, malgré lui, une valeur spéculative. Les gains réalisés par certains des premiers investisseurs sont spectaculaires. Ainsi les frères Winklevoss, qui ont commencé à acheter des bitcoins à 9 $, sont aujourd’hui à la tête d’un fonds en bitcoin qui vaut plus de 110 millions de dollars. Mais les risques sont à la hauteur des gains possibles. Il est indispensable de bien les connaître. Ce sera l’objet de notre prochain post.

En toute état de cause, les bitcoins sont une prouesse technologique. Ils démontrent également qu’une alternative efficiente est possible.

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

2 réflexions au sujet de « Bitcoin : la monnaie virtuelle plus chère que l’or »

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