Acheter des bitcoins est-il trop risqué ?


08/12/2013 par Therese 3 réponses (3)

Cours du Bitcoin en dollarsLa valeur de la monnaie virtuelle bitcoin a explosé en novembre, puis perdu 40% en 3 jours en décembre. Bulle, arnaque ou valeur pérenne ? Peut-on gagner de l’argent en achetant et revendant des bitcoins ? Possible, mais certainement très risqué. Finance Pratique examine les facteurs de risque pour vous aider à juger par vous-même.

Le cours du bitcoin sur les plateformes de change spécialisées comme Mt. Gox a littéralement explosé, gagnant 400% pendant le seul mois de novembre. Mais après avoir brièvement dépassé le cours de l’once d’or à plus de 1 200 $, le bitcoin est retombé à 1 000 $, puis 800 $ en 3 jours. Ce n’est ni le premier, ni le dernier décrochage de cette monnaie virtuelle hautement spéculative. Certains y voient une bulle, ou même une arnaque, tandis que les autres prédisent au bitcoin une énorme marge de progression et un cours à 10 000 $ ou plus.

Dans l’infographie publiée le 6 décembre, Finance Pratique a passé en revue les principaux facteurs du succès du bitcoin et de l’envolée de son cours. Dans ce post, on examine les facteurs de risque qui expliquent sa volatilité, et peuvent faire craindre une chute brutale à tout moment.

Les facteurs de risque du bitcoin

Les opposants au bitcoin soulignent les énormes facteurs de risque qui pèsent sur cette monnaie virtuelle. Si on envisage de profiter de la chute du cours pour acheter des bitcoins, il est important d’examiner ses risques sans se laisser aveugler par ses préférences et ses émotions.

  • Arnaque pyramidale : Certains observateurs voient dans le bitcoin une arnaque pyramidale, un système de Ponzi dans lequel les premiers participants gagnent de l’argent en convaincant les suivants d’acheter quelque chose sans aucune valeur intrinsèque et de le vendre à leur tour avec un profit, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’arnaque s’ébruite et on ne trouve plus de gogo. C’est comme cela que le PDG de la monnaie de Paris, C. Beaux, voit le bitcoin. Il est vrai que les premiers participants du bitcoin, ceux qui en ont créé ou acheté pour moins de 10 $ il y a un an ou plus, ont un énorme avantage et ont fortement intérêt à faire monter la sauce. On pourrait argumenter que le bitcoin a une valeur intrinsèque, celle de sa technologie et de son réseau global, mais alors vaudrait-t-il 1 000 $, ou plutôt 10 $ ?
  • Risque légal : Le bitcoin a attiré l’attention des gouvernements, ne serait-ce que pour empêcher l’évasion fiscale. L’Allemagne a donné au bitcoin le statut légal d’argent privé, une première reconnaissance. La Chine l’a cantonné aux circuits spécialisés en interdisant aux banques commerciales de l’accepter. En général, les régulateurs, comme la Réserve Féderale, le Sénat et FinCen aux USA, se sont focalisés sur les grosses plateformes, comme Mt. Gox, qui échangent le bitcoin contre des monnaies légales. Ils ont obtenu de celles-ci, qu’elles prennent le statut légal de service de paiement, qui les contraint, entre autres, à participer à la lutte contre le blanchiment d’argent. Mais, comme la Banque de France le souligne, de nombreux intermédiaires du système bitcoin opèrent encore sans statut ni contrat solide et n’offrent aucune possibilité de recours en cas de litige. Ce manque de recours, combiné à l’irréversibilité des transactions, présente de gros risques pour l’utilisateur. Par exemple, quand le service de portemonnaie bitcoin Instawallet a été suspendu à la suite d’une attaque de hacker, de nombreux utilisateurs n’ont pas récupéré leurs bitcoins.
  • Risque technologique : Le logiciel qui permet de créer et de gérer les transactions en bitcoins peut-il être compromis par un défaut technique ou une attaque de hackers ? Jusqu’à présent, le programme de Satoshi Nakamoto s’est montré très résilient. Cependant, on a déjà observé des incidents techniques, tels qu’un problème de compatibilité de versions logicielles qui a affecté la principale plateforme de change, Mt. Gox, et causé une chute du cours de 23%. On peut penser que la hausse du cours du bitcoin va attirer de plus en plus de hackers et que l’un d’entre eux pourrait arriver à détourner le système à son profit, ou tout simplement à le faire crasher.
  • Vol ou perte des clés privées : Les bitcoins étant complètement anonymes, le seul moyen de s’assurer de leur propriété est de garder secrète la clé privée qui autorise les transactions en déverrouillant, pour ainsi dire, la clé publique d’un portemonnaie bitcoin (voir explication dans l’article de vendredi). Le risque de perte ou de vol est énorme car les transactions en bitcoin sont anonymes et irréversibles. De plus, toute transaction exige d’ouvrir tout le porte-monnaie. Le système fonctionne en effet de telle manière qu’on paye une somme X en bitcoins en autorisant le transfert de cette somme à un compte externe et le reversement du solde sur le porte-monnaie d’origine. Pour ne pas connaître le sort de cet homme qui a perdu 7,5 millions de dollars en jetant la clé de ses bitcoins avec son vieil ordinateur, on recommande généralement de garder une copie papier de ses clés dans un coffre-fort.
  • Risque moral : Le bitcoin a connu ses premiers succès auprès de criminels attirés par son anonymité, tels que ceux fréquentant la plateforme de vente de drogue Silk Road. Le site Silkroad a été fermé cet automne par le FBI et son propriétaire arrêté. Mais le bitcoin profite encore a de nombreux criminels, y compris à cet homme que le FBI n’a pas pu déposséder de ses bitcoins et à son successeur, qui prétend avoir rouvert le site un mois plus tard. Il est courant dans le secteur de l’Internet de se dédouaner de toute responsabilité morale en invoquant le prix de l’innovation, la neutralité de l’outil, la difficulté de lutter contre le crime… en utilisant des arguments du style: « de toutes façons, les criminels commettent des crimes, alors, qu’ils utilisent le bitcoin ou autre chose, cela ne changera rien ». Soyons lucides : on n’invoque ce type de raisonnement que quand on profite d’un crime. On change généralement d’opinion dès qu’on en est la victime et on demande alors l’aide de la police. Il y a un grand paradoxe chez certains idéalistes libertaires qui soutiennent le bitcoin, qui est la monnaie qui profite le plus aux criminels et aux purs spéculateurs, et le moins à l’économie réelle.
  • Risque financier : Le dernier risque, et pas le moindre, est naturellement le risque financier. Le bitcoin est aujourd’hui une valeur spéculative. Son cours est extrêmement volatil. Comme pour la bourse en général, la volatilité du bitcoin est aggravée par le fait que les traders placent généralement des ordres de ventes ou d’achat sur les mêmes seuils psychologiques, du type « vendre si le bitcoin passe les 1 000 $ ». Le trading de dérivés bitcoin, ces paris à la hausse et à la baisse, par exemple les « bitcoin futures » , contribue également à l’instabilité du système (même si les traders prétendent le contraire). Le cours du bitcoin réagit donc à chaque nouvelle, bonne ou mauvaise, par des variations violentes. Ainsi, le bitcoin a gagné 22% en un jour le 9 avril 2013, qu’il a reperdu immédiatement en chutant de 28% le 10 et de 24% le 11. Plus récemment, le bitcoin avait connu une de hausse de 49% en un jour le 18 novembre, à la suite de son examen par le Sénat américain, avant de s’envoler vers son pic à plus de 1 200 $ le 4 décembre, pour retomber de 40% en trois jours les 5, 6, 7 décembre. Ces chiffres sont ceux de la plateforme Mt. Gox. Vous pouvez consulter et télécharger les cours actuels sur bitcoincharts.com.

Conclusion

Le bitcoin est aujourd’hui une monnaie virtuelle extrêmement volatile. C’est une phase de son développement dont l’issue est encore complètement incertaine :

  • Soit le bitcoin est en route pour devenir une monnaie alternative pérenne,
  • Soit il n’est qu’une expérimentation intéressante qui ne survivra pas.

Dans tous les cas, ceux qui décideront d’acheter des bitcoins feront un pari à l’enjeu risque – bénéfice très élevé.

  • Un pari à court terme pour les traders spéculateurs qui ont l’estomac bien accroché et pensent pouvoir profiter de la volatilité des cours.
  • Un pari à long terme pour les thésauriseurs, ceux qui pensent que le bitcoin va se normaliser et se stabiliser à un niveau beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui.

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

3 réflexions au sujet de « Acheter des bitcoins est-il trop risqué ? »

    1. Therese Auteur de l’article

      difficile cependant de savoir quels sont les sites fiables parmi ces sites d’achat de bitcoin. Ainsi l’espèce de comparateur « achatcoin » que vous recommandez et dont vous êtes, je suppose, le community manager, ainsi que le site « coinmama » qu’il recommande ne donnent aucune indication que qui opère le site, comment et où. Pas très rassurant tout ça!

      Répondre
  1. Ping : Bitcoin : Mark Karpeles, comme un "trader fou"

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