Financement participatif (1) : redonner du sens à l’argent


11/02/2014 par Therese 7 réponses (7)

Le financement participatifLe financement participatif offre aux investisseurs et aux porteurs de projet une alternative aux circuits traditionnels de financement. Pour un épargnant, être donateur,  prêteur ou investisseur en financement participatif peut être un moyen de donner du sens à son argent.

Ce billet présente le fonctionnement général du financement participatif et ses avantages par rapport aux circuits traditionnels de financement.

Un deuxième billet présente plus en détail le risque et le rendement éventuel des différents types de financement participatif vus du point de vue de l’épargnant donateur, prêteur ou investisseur.

Le financement participatif, le Web et la crise

Il y a toujours eu des « tontines » et d’autres formes de financement collectif grâce auxquelles des communautés se rassemblent pour financer des projets. Mais Internet a fait passer le financement collectif dans une autre dimension, celle du financement participatif. Le site Zopa,  pionnier anglais du prêt participatif, à créé en 2005 la 1ère plateforme permettant de financer des crédits en les fractionnant en sommes plus petites pour répartir le risque sur un grand nombre d’internautes. C’est ce qu’on appelle en anglais le « crowdfunding », en français financement par la foule.

Depuis, des plateformes comme Kickstarter et Indiegogo aux USA ont fait évoluer et popularisé le concept de crowdfunding. La France compte aujourd’hui une cinquantaine de plateformes qui proposent le financement participatif sous ses différentes formes : le don sans contrepartie, le don avec contrepartie, le prêt sans intérêt, le prêt avec intérêt, le don contre royalties et l’investissement en capital. Ces différents types sont présentés plus en détail dans un second billet qui suit celui-ci.

Le financement participatif a connu une forte expansion depuis la crise économique car il offre une alternative aux circuits traditionnels de financement, et en particulier aux banques qui sont à la fois désavouées par le public et limitées dans leur possibilité d’accorder des crédits par des règles prudentielles de plus en plus strictes.

Depuis peu, le financement participatif est aussi vu par les gouvernements comme une opportunité de financer les petites entreprises porteuses de croissance économique. Sous l’impulsion des associations et de la ministre Fleur Pellerin, le gouvernement français devrait proposer cette semaine une règlementation plus souple pour favoriser son essor en France.

Comment ça marche ?

Le terme « financement participatif » est assez général. Il couvre aussi bien le financement de projets solidaires, à but non lucratif, que le financement d’entreprises et le financement de prêts aux particuliers. Le financement participatif recouvre aussi différents mode de financement : don, prêt ou investissement en capital évoqués ci-dessus. Mais, dans sa diversité, le financement participatif a un principe commun de fonctionnement qui peut être résumé de la manière suivante :

  1. Sélection des projets : Les porteurs de projet présentent au site de financement participatif une description détaillée de leur projet et de l’usage qu’ils comptent faire des fonds sollicités. Chaque plateforme a ses critères de sélection, sa méthode pour évaluer la validité des projets par rapport au mode de financement choisi  (don, prêt ou investissement en capital).  La sélection de projets sérieux et viables est une des premières qualités qu’on attend d’une plateforme de financement participatif.
  2. Campagne de collecte de fonds : Une fois le projet accepté, le porteur de projet lance une campagne de collecte de fonds auprès des internautes. Cette campagne à une durée limitée, généralement 1 à 3 mois, et un objectif chiffré : le montant nécessaire pour accomplir le projet. La plateforme permet aux participants de dialoguer avec les porteurs de projets et de suivre la progression de la collecte. Les premiers participants étant les plus durs à convaincre, les porteurs de projets sont encouragés à faire appel au « premier cercle » de leur famille et amis pour enclencher le mouvement. Les participants convaincus par le projet versent une participation de quelques euros à quelques milliers d’euros. La capacité à attirer des contributeurs et à animer et gérer la collecte de fonds est la deuxième qualité qu’on attend d’une plateforme de financement participatif.
  3. Paiement et suivi : Si l’objectif de la collecte est atteint ou dépassé, la plateforme transfère les fonds après prélèvement d’une commission. Si l’objectif n’est pas atteint, les donateurs ou investisseurs sont remboursés car on considère que le projet n’est alors pas viable. C’est ce qu’on appelle la règle du « tout ou rien » [Note 1]. Selon le mode de financement, la plateforme assure un suivi plus ou moins long du projet. Dans le cas des prêts et des investissements participatifs, ce suivi peut durer quelques années, le temps, par exemple, qu’un prêt soit remboursé. La transparence financière, le suivi des projets, et leur taux de succès constituent le troisième volet de la valeur ajoutée d’une plateforme de financement participatif.

Les avantages du financement participatif par rapport aux circuits traditionnels

Bénéfices de la finance participatives

Du point de vue de l’apporteur de fonds, qu’il soit donateur, prêteur ou investisseur, on peut dire que le financement participatif présente par rapport aux circuits de financement traditionnels, les avantages suivants :

  • Le financement participatif met de l’humain dans le financement : Pour convaincre donateurs, prêteurs ou investisseurs, les porteurs de projet doivent se présenter, expliquer pourquoi ils ont besoin d’argent et comment ils comptent le dépenser. Sur Ulule, par exemple, les porteurs de projet interagissent avec la communauté qui elle-même partage avec son réseau social. Les sites d’investissement participatif comme Anaxago organisent des rencontres entre investisseurs et chefs d’entreprise. La relation n’est plus anonyme comme dans une banque qui collecte les dépôts des uns pour les prêter aux autres, qui resteront des inconnus.
  • L’usage des fonds, le risque sont plus transparents. Les apporteurs de fonds peuvent poser des questions et juger par eux-mêmes de l’intérêt et de la viabilité des projets. Les plateformes de prêt, comme Prêt d’Union segmentent les prêts par niveau de risque. Les sites d’investissements comme Participeep fournissent des dossiers complets sur les entreprises désirant lever des fonds. D’autres sites, comme BabyLoan, s’efforcent d’être proches de leurs utilisateurs et transparents sur leurs propres finances.
  • Les plateformes financent des projets ignorés par les circuits traditionnels. Grâce à des sites comme Proarti et HelloMerci les internautes peuvent soutenir des projets artistiques et humanitaires. Le financement participatif peut aussi financer des projets commerciaux qui ne remplissent pas les critères des acteurs traditionnels.  Par exemple, PretPME veut proposer des financements difficiles à obtenir des banques : l’apport de fonds de roulement aux petites et moyennes entreprises.
  • La finance participative innove dans la gestion du risque. Les plateformes de financement participatif comme les pionniers Zopa, Prosper et Lending Club ont développé de nombreuses techniques originales, basées sur les technologies du Web, pour permettre aux prêteurs d’évaluer le risque des emprunteurs, de répartir ce risque sur le plus grand nombre, et de permettre à chacun, donateur ou porteur de projet, de gérer son financement en ligne.

Pour ces raisons, certains n’hésitent pas à affirmer que le financement participatif redonne du sens à l’argent.

A chacun de juger et de choisir dans la variété de solutions celle qui lui convient. Pour informer ce choix, un deuxième post détaille les avantages et les risques financiers des différents types de financement participatif, vus du point de vue de l’épargnant individuel qui désirerait participer en tant que donateur, prêteur ou investisseur.

[Note 1] Certaines plateformes n’appliquent pas la règle du « tout ou rien », ou bien elles appliquent une version adaptée comme : « 80% de l’objectif ou rien ».

** Les entreprises citées dans cet article le sont à titre d’exemple et leur citation n’a aucune valeur de recommandation **

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

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7 réflexions au sujet de « Financement participatif (1) : redonner du sens à l’argent »

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  2. Jean-Christophe Capelli

    Thérèse, tu fus la 1ère analyste francophone sur le sujet (par ordre d’arrivée). Plus de (pfiou…) 6-7 ans après, tu reste la 1ère, par le talent. Je souscris entièrement à ta vision du secteur.

    Répondre
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