5 clés d’un bon rapport à l’argent, Interview avec Philippe Geffroy


01/03/2014 par Therese 4 réponses (4)

Les clés d'un bon rapport à l'argentPhilippe Geffroy est un coach spécialisé dans la relation avec l’argent. Auteur du livre « Soignez vos problèmes d’argent », il réagit pour Finance Pratique au résultat de notre sondage d’un échantillon représentatif de français qui révèle une vision très négative de la richesse. Il explique d’où viennent ces croyances négatives, pourquoi elles créent des émotions qui nous handicapent, et comment pacifier son rapport à l’argent pour atteindre ses objectifs de vie.   

Bonjour Philippe. Comment êtes-vous venu à vous intéresser à la relation des gens à l’argent ?

Je suis parti de ma propre expérience. Après une carrière de musicien, puis de fonctionnaire, je me suis installé à mon compte. J’ai alors réalisé qu’il m’était très difficile de vendre mes services alors que cela paraissait si simple à d’autres. J’ai compris que quelque chose à l’intérieur de moi coinçait. J’ai beaucoup travaillé sur moi-même. Je me suis également formé en finance pour comprendre les mécanismes qui permettent de faire fructifier son épargne. Ensuite j’ai commencé à accompagner d’autres personnes qui avaient des problèmes d’argent.

J’ai constaté que derrière les problèmes d’argent, comme la difficulté à gagner de l’argent, les dépenses compulsives, ou le surendettement, il y a toujours des problèmes avec  l’argent. La relation de chacun d’entre nous avec l’argent est brouillée par des représentations mentales héritées de l’histoire familiale, par exemple ce que disaient les parents, les habitudes de la famille etc., ainsi que par l’appartenance sociale, des idées de ce qui « se fait » et ce qui « ne se fait pas » dans le milieu social.

Ces représentations créent des espèces de réflexes émotionnels qui polluent la relation à l’argent. Pour vous donner un exemple : deux participantes à un des stages que je conduis pleuraient ensemble parce qu’elles partageaient un sentiment de honte par rapport à l’argent. Or l’une avait honte parce qu’elle avait beaucoup d’argent et se sentait illégitime, tandis que l’autre était marquée par la honte d’avoir vécu longtemps dans la précarité. Deux histoires familiales et sociales très différentes les avaient conduites à une même souffrance.

Notre sondage fait ressortir une vision qu’on pourrait dire neutre de l’argent, comme un moyen d’accomplir ses objectifs, mais, par contre, une vision très négative de la richesse matérielle. A votre avis, pourquoi ?

Cela s’explique en grande partie par l’influence de la culture chrétienne sur la société française. Dans cette culture, la richesse matérielle  est frappée d’une espèce de malédiction, parfaitement illustrée par la parole de Jésus : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ».

A la Révolution française, cet anathème jeté sur la richesse a été encore renforcé. Il a pris la forme d’une « haine des riches »  qui colore encore l’imaginaire de notre société.  Cette haine repose sur deux amalgames. Premièrement, l’amalgame entre riche et exploiteur qui s’est forcément enrichi au détriment des autres. Deuxièmement, l’amalgame entre la richesse et des comportements excessifs et immoraux.

L’individu se voit forcé de choisir entre deux camps, d’un coté la pauvreté désignée comme vertueuse,  généreuse et animée de spiritualité, et, de l’autre, la richesse matérielle dénoncée comme  égoïste et corrompue. Or cette polarisation n’est pas conforme à la réalité. Elle est contredite par la réalité des comportements et des aspirations des individus.

Les américains pensent l’argent très différemment, avec d’autres excès. J’ai essayé de prendre le meilleur des deux cultures pour développer une méthode qui permet de pacifier sa relation à l’argent, de rendre l’argent plus « joyeux ».

Cette vision négative de la richesse n’est-elle pas un gros handicap pour ceux qui  voudraient gagner plus d’argent afin se libérer des soucis d’argent ?

C’est effectivement un problème qui affecte beaucoup de gens. Ils n’arrivent pas à se sortir d’une vision négative de l’argent et finissent par se mettre dans des situations très difficiles. J’accompagne, par exemple, de nombreux professionnels indépendants qui sont en vraie difficulté. Ils n’arrivent pas à « se vendre », à mettre un juste prix sur leur prestation, à négocier et se faire payer.

Certaines personnes sont en négation totale de l’argent. D’autres sont au contraire des drogués de l’argent. Ils mettent l’argent à la première place en toute circonstance, et développent une dépendance énorme. C’est une projection tout aussi irrationnelle. C’est le résultat d’un même mécanisme qui nous pousse à attacher à l’argent des émotions et des croyances irrationnelles.

Ainsi, les français affichent souvent un mépris de la richesse mais, en même temps, ils la désirent. On le voit, par exemple, dans le fait que 20 millions d’entre eux jouent au loto, dont 23% très régulièrement. La contradiction entre l’envie d’être riche et la haine de la richesse ne vient pas d’une hypocrisie volontaire, mais d’une méconnaissance de soi, de ses réflexes émotionnels.

Cette méconnaissance peut créer des souffrances, des douleurs parfois très violentes.  Elle est aggravée par les médias qui véhiculent des caricatures de la richesse, des images sensationnelles, comme celle de riches qui prennent un bain dans du Champagne Crystal.

Que conseilleriez-vous à un épargnant moyen qui voudrait avoir un rapport plus équilibré à l’argent et à la richesse ?

Il faut faire un travail sur soi. Examiner ses croyances à la lumière des faits. Enlever toutes les couches de réflexes émotionnels qui polluent la relation à l’argent. Le but est d’avoir un rapport à l’argent qui soit plus neutre, pacifié, afin que l’argent puisse devenir un outil intéressant.

Je propose un « système financier » en 5 points :

  • Le projet de vie : Avoir un projet de vie est essentiel pour donner du sens à l’argent. L’argent ne peut être un but en soi.
  • Les revenus : Il faut maximiser ses revenus, ce qui passe par être à l’aise avec gagner de l’argent, savoir recevoir de l’argent – ce qui s’apprend.
  • Les dépenses : Il faut les minimiser, tout en restant à l’aise avec le fait de dépenser. Chercher à consommer intelligemment. Il y a un coté bulletin de vote dans la consommation, il faut savoir s’en servir.
  • L’épargne : Il faut bien sûr que les revenus soient supérieurs aux dépenses, de façon à dégager un delta que l’on investit intelligemment afin d’accroître son indépendance financière.
  • Les émotions : il faut analyser ses représentations et ses croyances et enlever le plus possible d’émotions plaquées sur l’argent. Faire baisser la pression émotionnelle autour de l’argent.

C’est dans cet esprit que j’ai écrit avec mon épouse le « Cahier d’exercices pour être à l’aise avec l’argent ».

Quels pièges doit-on éviter ?

Il faut éviter d’écouter tout se qui se raconte, les collègues de travail, les rumeurs, les médias qui font du sensationnel. Il faut mettre du discernement dans la manière de s’informer sur l’argent.

Deuxièmement, il ne faut pas utiliser l’argent sans intention. Au contraire, il faut agir de façon responsable, prendre conscience de nos actes avec l’argent.

Quelques mots de conclusion ?

Personnellement, je prône une vision assez radicale de l’indépendance financière dans la ligne de Robert Kiyosaki et Tim Ferriss. Le but est d’investir intelligemment pour atteindre un niveau de vie optimal sans être dans l’obligation de travailler. Cela n’empêche pas de continuer à travailler mais permet de s’assurer une indépendance financière hors travail qui permette de faire des choix de vie.

Merci, Philippe Geffroy !    

Catégorie : Psychologie de l’argent

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

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