Bitcoin : Mark Karpelès, PDG de Mt. Gox, comme un « trader fou »


13/03/2014 par Therese Réagir (0)

Mark KarpelesLa plateforme leader mondial du trading de bitcoin, Mt. Gox, est en faillite, incapable de rendre à leurs propriétaires 750 000 bitcoins, d’une valeur de 400 millions de dollars. Le PDG de Mt. Gox, Mark Karpelès, accusé de fraude ou d’incompétence, présente des similarités avec les « traders fous » qui ont causé des milliards de perte au secteur bancaire : déconnecté de la réalité par la technologie, porté par une culture de l’avidité et de la prise de risque sans frein ni contrôles.

Les lecteurs de Finance Pratique le savaient bien, le business du bitcoin n’est pas un long fleuve tranquille, mais une aventure à haut risque. Les 127 000 clients de la plateforme Mt. Gox s’en sont aperçus au plus tard le 28 février quand la plateforme, dont le siège est au Japon, s’est déclarée en faillite. La filiale américaine est maintenant également en faillite et ses avoirs sont gelés. La perte totale, en comptant les avoirs des clients et ceux de la plateforme, s’élève à près d’un demi milliards de dollars.

Qu’est-il arrivé ? L’explication donnée par Mt. Gox est que ces avoirs ont été volés progressivement par des hackers qui ont exploité une faille technologique – une faille connue, que Mt. Gox avait négligé de colmater. Les voleurs auraient détourné les bitcoins à leur profit en dupliquant les transactions et en réécrivant les adresses qui servent à les identifier.

Il parait assez difficile de croire que Mark Karpelès, le PDG et auteur du code de la plateforme, et son équipe ne se soient aperçus de rien – d’autant plus que les vols se seraient étalés sur une longue période.  Les observateurs sont partagés entre ceux qui accusent le PDG d’incompétence et ceux qui l’accusent de fraude. Certains geeks évoquent même une théorie du complot selon laquelle les avoirs en bitcoin de Mt. Gox auraient été gelés par le gouvernement américain suite à la fermeture de la plateforme Silk Road!

Bref le mystère est encore épais.

Un trader fou porté par un contexte délétère

Mark Karpelès présente certaines similarités avec le « trader fou » (rogue trader) Jérôme Kerviel, le trader qui a fait perdre près de 5 milliards d’euros à la Société Générale : jeunesse (il n’a pas 30 ans), ascension fulgurante, maîtrise de la technologie permettant de dissimuler d’énormes pertes… Comme Kerviel et les autres traders fous (Bruno Iksil, Fabrice Tourré, Kweku Adoboli …), Mark Karpelès a été porté par un contexte dangereux, délétère :

  • Spéculation déconnectée de l’économie réelle : Lorsque la valeur de la monnaie virtuelle bitcoin passe de 100 $ à 1 000 $ en 4 mois, Mark Karpelès devient très riche et sa petite entreprise devient leader mondial avec 80% de part de marché. Création de valeur dans l’économie réelle ? Zéro. Le bitcoin est essentiellement une valeur spéculative, tout comme les dérivés de crédit manipulés par les traders fous, Jérôme Kerviel et ses collègues. Le spéculateur perd le sens des réalités.
  • Risque amplifié par la technologie : Derrière ses écrans, le trader fou manipule d’énormes sommes, qui ne sont plus pour lui que des chiffres déconnectés du réel.  La puissance des programmes de trading fait qu’une erreur ou une manipulation intentionnelle peuvent causer très rapidement des dommages colossaux. Pour ceux qui contrôle la technologie, la tentation de la fraude devient très forte.
  • Culture de la cupidité et de la prise de risque : Mark Karpelès a peut-être fauté par incompétence. Jérôme Kerviel dit qu’il ne visait pas son enrichissement personnel. Mais tous deux adhéraient pleinement à la culture d’une certaine frange de la finance qui encourage et rémunère la prise de risque maximum pour un profit maximum – plutôt que la responsabilité par rapport aux investisseurs.
  • Engrenage infernal : L’ascension fulgurante de Mark Karpelès lui a sans doute donné un sentiment de toute puissance. Comme un trader fou qui pense, contre toute évidence, qu’il va pouvoir « se refaire », il a continué à creuser le trou, acceptant les transactions même après avoir eu connaissance des graves problèmes de la plateforme.
  • Absence de garde-fous et de contrôle : La chute de Mt. Gox n’aurait pas été possible si la plateforme et son marché avaient été proprement régulés et, surtout, si des contrôles avaient été effectués. Car le trading, et la finance en général, pèchent sans doute plus par l’absence de contrôles que par l’absence de règlementation.

En conclusion

Comme les traders fous, Mark Karpelès, n’était pas seul. Il était porté par une culture et un contexte délétère. Ceux qui dénoncent aujourd’hui ses manquements doivent s’interroger sur pourquoi rien ne l’a stoppé. Cela n’excuse en rien ses éventuelles actions frauduleuses.

 

Photo : de gauche à droite et de haut en bas : Mark Karpelès, Fabrice Tourré, Bruno Iksil, Jérôme Kerviel. Sources : Forbes, NY Times, LinkedIn

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

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