Prêter aux PME en crowdfunding – 6 questions à Nicolas Lesur, Unilend


07/05/2014 par Therese 6 réponses (6)

Prêter aux entreprises en crowdfundingLe financement participatif par prêt avec intérêts aux petites et moyennes entreprises offre à l’épargnant une alternative aux placements à moyen terme classiques. S’il émerge à peine en France, ce type de crowdfunding remporte un vif succès à l’étranger.  Nicolas Lesur, cofondateur d’Unilend, explique comment fonctionne sa plateforme et comment elle va évoluer. A lire avant de s’essayer à ce nouveau type de placement.

Lancée en Novembre 2013, Unilend est la seule plateforme de financement participatif actuellement en fonctionnement qui permette aux particuliers de prêter avec intérêts à des petites et moyennes entreprises (PME). Nicolas Lesur, son directeur général et co-fondateur est également président de l’association Financement Participatif France.

Bonjour Nicolas. Comment fonctionne Unilend ?

Unilend est une plateforme de prêt participatif qui permet aux particuliers de prêter de l’argent à des PME françaises et de recevoir en retour des intérêts bien supérieurs à ceux du Livret A et des comptes de dépôt – même si prêter présente un risque de non-remboursement.

La plateforme pré-sélectionne les dossiers des entreprises qui désirent emprunter, les présente en ligne aux épargnants, puis organise la collecte des prêts et les remboursements mensuels. Nous ne sommes pas une banque, mais un intermédiaire rémunéré par les emprunteurs [Note]. Les fonds empruntés ne transitent pas sur nos comptes mais vont directement chez notre partenaire la Société financière du porte-monnaie électronique interbancaire (SFPMEI) qui en assure la gestion et la sécurité.

L’épargnant est directement le prêteur : il détient un bon de caisse, un titre de créance émis par chacune des entreprises auxquelles il prête. Par contre, l’épargnant n’a pas à gérer sa relation à chaque emprunteur. Nous administrons tous ses prêts pour lui, en ligne.

Chaque prêteur détermine le montant qu’il veut prêter, à quel projet et à quel taux. Si la somme désirée par l’emprunteur est réunie, le projet est financé. Si la somme désirée est dépassée, les offres de prêt aux taux les plus bas, les meilleures pour l’emprunteur, sont acceptées en premier, jusqu’à ce que la somme soit complète. Les autres offres de prêt sont rejetées, il ne faut donc pas être trop gourmand !

Le prêt est un prêt amortissable, c’est-à-dire que, comme pour un crédit immobilier, chaque mensualité de remboursement sert à la fois à rembourser un peu du capital et à payer les intérêts sur le capital restant dû.

Quel est le risque de prêter aux petites ou moyennes entreprises (PME) ? Comment sélectionnez-vous les projets des emprunteurs ?

Le principal risque est le risque de défaut de remboursement. Par exemple, une entreprise qui a emprunté pour développer une nouvelle activité sans obtenir les résultats escomptés pourrait avoir de plus en plus de mal à rembourser. Ce risque ne se concrétise généralement qu’après un certain temps, plutôt en fin de prêt. Comme Unilend n’existe que depuis 6 mois, nous avons pour l’instant 0% de défaut. Les plateformes de prêt ou peer-to-peer lending étrangères comme Funding Circle au Royaume Uni et Lending Club aux USA observent des taux de défaut entre 1% et 2%, ce qui est également le taux observé par les banques. C’est que nous visons à terme.

Nous travaillons à réduire le risque par une stricte pré-sélection des dossiers. Nous collaborons pour cela avec notre partenaire Altarès. En premier lieu, nous vérifions les données des entreprises pour éliminer la fraude et le blanchiment d’argent.  Puis nous ne retenons que les dossiers des entreprises auxquelles notre partenaire Altarès a donné une note de capacité de remboursement d’au moins 12 sur 20. Ensuite nous évaluons chaque dossier sur la base de la qualité du management, la validité du projet, les résultats financiers de l’entreprise et sa capacité de remboursement. Cela passe entre autres par un dialogue avec le chef d’entreprise et/ou son conseil. Notre évaluation est résumée sur le site sous la forme d’une note de confiance entre 1 et 5 étoiles. Concrètement, nous ne présentons que les dossiers qui atteignent une note d’au moins 3 étoiles.

Il ne faut pas croire que les entreprises qui viennent vers nous sont les refusés des banques. Ce sont souvent au contraire les bons élèves. Elles viennent vers nous pour plusieurs raisons : diversifier leur financement, obtenir des fonds plus rapidement, se rapprocher du public, ou encore financer un investissement immatériel, comme par exemple le développement d’un brevet, qui ne remplit pas les gages matériels que les banques demandent pour accorder un prêt.

Qui sont les prêteurs jusqu’ici ? Quel rendement peuvent-ils attendre? Comment peuvent-ils réduire leur risque ?

Nos prêteurs, il y en a 1 300 actuellement, sont des particuliers plutôt jeunes. La moitié à moins de 40 ans. Ils sont plus souvent qu’en moyenne clients des banques en ligne. Ils représentent une nouvelle génération qui aspire à un renouveau.

Ces épargnants ne prêtent pas à l’aveugle. Bien au contraire, ils gèrent leur risque :

  • Ils sélectionnent soigneusement les projets en examinant les documents, présentations et résultats financiers de chaque dossier.
  • Ils réduisent leur risque en diversifiant, c’est à dire en fractionnant leur mise ( 2 000 euros en moyenne ) sur plusieurs prêts. Nous encourageons fortement cette diversification notamment en permettant de prêter à partir de 20 euros par projet.
  • Ils proposent un taux d’intérêt correspondant au rendement attendu majoré de leur évaluation du risque. Les taux moyens actuellement proposés varient entre 7,5% et 10%, ce qui correspond à un taux nominal brut, après déduction du taux de défaut et avant impôt, de 5% à 8%.  Pendant toute la collecte, chacun peut voir la liste anonyme de toutes les offres de prêt déjà enregistrées, avec leur montant et leur taux – ce qui permet d’ajuster son offre.
  • Dernier point, très important, les épargnants qui veulent maintenir leur rendement doivent être actifs et replacer l’argent qui leur est remboursé chaque mois.

Quel est l’horizon de placement ? L’épargnant peut-il récupérer sa mise avant terme ?

Les emprunteurs peuvent emprunter sur 2 à 5 ans. Dans les faits, la plupart choisissent une durée d’emprunt entre 3 et 4 ans, soit 36 et 48 mois.

Le prêteur est remboursé progressivement chaque mois. Il ne peut pas, même s’il en a besoin, exiger de remboursement anticipé car il n’a pas, pour l’instant, de possibilité de revendre ses titres, les bons de caisse. Mais nous aimerions introduire de la liquidité en créant, lorsque nous atteindront une certaine taille, un marché secondaire permettant de revendre ses titres.

Pour l’heure, l’avertissement que nous répétons sur notre site reste valable : « Prêter présente un risque de non-remboursement : répartissez bien vos prêts et ne prêtez que de l’argent dont vous n’avez pas besoin immédiatement. »

Quelle est votre vision pour ce marché, et pour Unilend en particulier ?

La réglementation du crowdfunding qui entrera en application cet été va provoquer l’émergence de nombreux concurrents et, au-delà, la création de tout un écosystème d’acteurs qui feront évoluer le financement participatif.

Parmi les différents modèles de financement participatif, le prêt avec intérêt aux PME est appelé à croître rapidement. D’une part, parce que c’est un modèle familier et simple à comprendre pour les épargnants : tout le monde a déjà prêté de l’argent à quelqu’un de son entourage. D’autre part, parce qu’il y a une forte demande de financement non satisfaite chez les PME. Pour preuve, le succès de ce modèle au Royaume Uni : en quatre ans, près de 30 000 épargnants on prêté plus de 330 millions d’euros aux PME anglaises sur la seule la plateforme Funding Circle.

Nous avons de nombreux projets de développement pour Unilend. Tout d’abord, je voudrais souligner que la finance est un métier. Même si nous visons à désintermédier et à simplifier le marché, nous n’échappons pas aux mathématiques des finances. Notre but est donc d’étoffer notre offre de façon très professionnelle.

Parmi les développements envisagés :

  • La communication de plus en plus grande avec les épargnants. La transparence est extrêmement importante pour créer la confiance. Actuellement nous avons peu d’historique sur lequel communiquer mais nous publierons plus de chiffres au fur et à mesure.
  • La création d’un marché secondaire, mentionnée ci-dessus.
  • La création d’une offre d’allocation automatique qui permettra aux épargnants qui le désirent de répartir leurs prêts sur plusieurs projets sans avoir à les choisir individuellement, grâce à un algorithme de diversification.
  • L’intégration des personnes morales, c’est à dire des sociétés et des fonds de placement, parmi les prêteurs – c’est sujet qui me tient particulièrement à cœur car je pense qu’il y a un réel besoin de la part des entreprises pour mieux gérer leur trésorerie.
  • Le développement de fonds communs de placement spécialisés en prêts de finance participative. Des banques, des sociétés de gestion ou des assureurs pourraient ainsi nous inclure dans les instruments qu’elles offrent à leurs clients.

A court-terme, notre objectif est de faire grossir la plateforme à un rythme soutenu, mais raisonnable. Nous visons, d’ici un an ou deux, 50 projets en cours de financement en permanence sur la plateforme – et parmi eux des dossiers à un million d’euros, le maximum qu’autorisera la loi.

Pour finir, quel conseil pratique donneriez-vous aux lecteurs de Finance Pratique ?

Je rappellerais deux conseils de base. Le premier est « On n’a rien sans rien ». Si vous avez trente ans et que vous voulez vous constituer un capital, cela ne sert à rien de laisser votre argent sur un livret A. Lancez-vous, prenez des risques.

Le deuxième est le complément indispensable du premier : « Prenez des risques que vous comprenez ». N’investissez pas dans ce que vous ne comprenez pas. Si vous ne pouvez pas l’expliquer à votre grand-mère, oubliez.

Quand on prend des risques mesurés, avec lucidité, on n’a pas de regrets ensuite. Notre plateforme vise à donner un outil aux gens qui veulent prendre la responsabilité de leur argent.

Merci, Nicolas !

Finance Pratique n’a aucun lien avec la société Unilend et cet article n’a pas valeur de recommandation.

[Note] Unilend est actuellement légalement un agent prestataire de services de paiement. L’entreprise pourrait également adopter le nouveau statut d’Intermédiaire en financement participatif lorsque que celui-ci sera instauré par la publication des décrets d’application de l’ordonnance relative au financement participatif, vraisemblablement en juillet 2014. La plateforme est rémunérée par les emprunteurs, par une commission de 3% sur les fonds empruntés et 1% de frais de gestion sur le capital restant du pendant la durée du prêt.

 

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

6 réflexions au sujet de « Prêter aux PME en crowdfunding – 6 questions à Nicolas Lesur, Unilend »

  1. Ping : Fête du crowdfunding - une bouffée d'enthousiasme

  2. The dude

    Bonjour,

    je suis parmi les prêteurs sur Unilend (1100€ prêtés jusqu’à présent).
    J’adore le service et la simplicité d’utilisation.
    Un regret pour l’instant: pas assez de projet !!

    Je sais que l’aventure démarre alors je patiente. Mais j’ai vraiment hâte que les développements évoqués par M.Lesur se concrétise, en particulier en ce qui concerne le nombre et l’importance des projets. Vu la vitesse à laquelle les projets sont financés actuellement, je pense que je ne suis pas le seul…

    Cdlt

    Répondre
    1. Therese Auteur de l’article

      Je suis d’accord avec vous, on aimerait voir plus de projets. Mais, comme m’a répondu Nicolas Lesur quand je lui faisais la même remarque : c’est un équilibre entre offre et demande difficile à gérer au début; de plus, il ne faut pas relâcher les critères de sélection, mieux vaut la qualité que la quantité, non?

      Répondre
  3. Fra

    Bonjour,
    Nicolas LESUR a t’il oublié les points 1 et 3 de ses conseils dans l’interview plus haut (le blog finance pratique) :
    Dixit :
    Ces épargnants ne prêtent pas à l’aveugle. Bien au contraire, ils gèrent leur risque :

    1 Ils sélectionnent soigneusement les projets en examinant les documents, présentations et résultats financiers de chaque dossier.
    Ils réduisent leur risque en diversifiant, c’est à dire en fractionnant leur mise ( 2 000 euros en moyenne ) sur plusieurs prêts. Nous encourageons fortement cette diversification notamment en permettant de prêter à partir de 20 euros par projet.
    3 Ils proposent un taux d’intérêt correspondant au rendement attendu majoré de leur évaluation du risque. Les taux moyens actuellement proposés varient entre 7,5% et 10%, ce qui correspond à un taux nominal brut, après déduction du taux de défaut et avant impôt, de 5% à 8%. Pendant toute la collecte, chacun peut voir la liste anonyme de toutes les offres de prêt déjà enregistrées, avec leur montant et leur taux – ce qui permet d’ajuster son offre.
    Dernier point, très important, les épargnants qui veulent maintenir leur rendement doivent être actifs et replacer l’argent qui leur est remboursé chaque mois.
    —————-
    Avec le système AUTOLEND qui ne peut être malheureusement activé sélectivement pour un projet en cours mais uniquement en aveugle pour les futurs projets !
    Il y a donc un GROS BUG ! qui mécontente beaucoup.
    1 Déresponsabilisation du prêteur,
    2 pas de sélectivité par l’étude du dossier
    3 Baisse accéléré du taux de prêt final
    UNILEND aurait réellement intérêt à corriger le tir en ne permettant d’activer un AUTOLEND que
    sélectivement par projet donc Après étude possible par le prêteur !
    Bien cordialement,
    Un prêteur depuis plus d’1 an qui souhaiterait le rester…

    Répondre
    1. Therese Auteur de l’article

      @Fra. Merci pour le partage. Comme vous le soulignez, l’allocation automatique de type AUTOLEND désengage les prêteurs de la validation directe de chaque dossier. L’aspect « participatif » est diminué au profit d’une plus grande délégation à la plateforme. Vous qui êtes visiblement engagé le percevez comme un moins. Mais c’est une évolution qui était prévisible car elle est presque incontournable pour les plateformes de prêt participatif qui atteignent un certain volume. Je ne sais pas s’il y a une meilleure manière de procéder que celle qu’a choisie Unilend. Je regarde et je reviens vers vous.

      Répondre
  4. Ping : La banque et le crowdfunding sont complémentaires - Interview Unilend

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