Finance solidaire : mode d’emploi


07/07/2014 par Therese 2 réponses (2)

Panorama de la finance solidaireLa finance solidaire met l’argent des épargnants au service de projets à forte utilité sociale ou environnementale. Elle présente une réelle alternative à la finance classique pour ceux qui placent l’économie sociale et solidaire (ESS) avant le profit. Mais elle offre aussi une possibilité de diversification intéressante aux épargnants qui veulent simplement bien gérer leur épargne, avec parfois des réductions d’impôt à la clé. Explorez ces opportunités souvent méconnues  !

La finance solidaire promet à ceux qui cherchent à donner du sens à leur argent de mettre leur épargne au service d’entreprises ou d’associations à forte utilité sociale ou environnementale, en France ou à l’étranger. La finance solidaire contribue ainsi, par exemple :

  • à la création d’emplois et de logements sociaux pour des personnes en difficulté,
  • à la protection de l’environnement par l’agriculture biologique ou les énergies renouvelables,
  • au développement de petites entreprises ou de micro-entreprises qui n’ont pas accès au système bancaire classique, en France ou dans les pays en voie de développement.

La contribution des épargnants peut prendre deux formes :

  • Le partage des profits : l’épargnant fait don d’une partie, minimum 25%, fréquemment 50%, des gains (intérêts, dividendes ou plus-values) générés par le placement de son épargne à un organisme à forte utilité sociale ou environnementale. Si cet organisme est agrée, ce don peut ouvrir droit à une réduction d’impôts.
  • Le financement : une partie de l’épargne, entre 5% et 100%, est utilisée pour financer un organisme à forte utilité sociale ou environnementale. Ce financement peut prendre de nombreuses formes : prêt rémunéré, achat d’obligations ou d’actions. Certaines formes de participation au capital ouvrent droit à des réductions d’impôts sur le revenu et d’impôt sur la fortune au titre de la souscription au capital de petites entreprises non cotées.

Dans tous les cas, la finance solidaire est aussi un service de gestion d’épargne : c’est-à-dire qu’elle se propose de faire fructifier le capital de l’épargnant, ou, a minima, de le préserver.

Tout produit financier peut inclure un élément de partage ou de financement solidaire. On peut imaginer une infinité de produits. Comment s’y retrouver ? Fort heureusement, il existe un label de financement solidaire, Finansol.

Le label Finansol

Le label Finansol a été crée en 1997. Au fur et à mesure des années, il a précisé et renforcé ses exigences. Il valide actuellement plus de 130 produits. Voici comment :

  • Le label Finansol est attribué par un comité de 12 experts indépendants.
  • Les organismes financiers qui désirent faire labelliser un produit financier doivent rejoindre l’association des acteurs de la finance solidaire, Finansol, avant de soumettre leur produit au jugement des experts.
  • Les critères d’attribution du label comprennent :
    • L’éthique et la réalité du partage ou du financement solidaire.
    • L’utilité sociale ou environnementale des organismes bénéficiaires de ce partage ou de ce financement.
    • La transparence des informations communiquées à l’épargnant sur le fonctionnement du produit et ses bénéficiaires.
    • La participation des acteurs à la promotion active de la finance solidaire.
    • Les frais facturés à l’épargnant.
  • Si le produit est labellisé, sa conformité est ensuite revérifiée ensuite une fois par an.

Le label s’applique aujourd’hui à trois principales familles de produits de Finance Solidaire :

  • L’épargne solidaire.
  • L’investissement solidaire par un club, une société de capital risque, ou une coopérative.
  • Le financement participatif solidaire, sur des plateformes de crowdfunding en ligne.

L’épargne solidaire

L’épargne solidaire consiste à placer son argent sur des produits financiers d’apparence classique − comme des livrets, des comptes à termes, des fonds communs de placement, des contrats d’assurance vie, des plans d’épargne, des plans d’épargne entreprise (PEE)  ou des plans d’épargne retraite (PERCO) − qui incluent une part de partage ou de financement solidaire.

Typiquement la part de partage sera de 25% à 50% des gains et la part de financement solidaire représentera 5% à 10% de l’épargne. Cela peut paraître peu, mais il est souvent nécessaire de limiter la part solidaire si on veut assurer un rendement au capital de l’épargnant, et éviter que ce capital ne s’érode, c’est-à-dire diminue avec le temps.

En effet, beaucoup d’initiatives solidaires sont déficitaires. Au mieux, elles visent l’équilibre entre les ressources et les coûts, et non la profitabilité. L’économie solidaire doit généralement déployer plus de ressources que la finance classique pour générer un revenu moindre. Par exemple, un micro-crédit de quelques milliers d’euros accordé à un auto-entrepreneur qui veut sortir du chômage de longue durée, demandera souvent une étude préalable et un accompagnement plus intensifs que le traitement d’un crédit de plusieurs millions par une banque classique.

Trois exemples pour illustrer la diversité des produits d’épargne solidaire :

  • Le compte sur livret Nef du Crédit Coopératif : La Nef est une coopérative de finances solidaires agrée établissement de crédit qui exerce une double activité de collecte d’épargne et d’octroi de crédits solidaires. Ce livret d’épargne distribué par le Crédit Coopératif fonctionne comme un livret bancaire classique : capital garanti, intérêts calculés tous les 15 jours, aucun frais. Le taux d’intérêt actuel est de 0,75%. l’épargnant peut décider de faire don de 25% à 100% des intérêts à la Nef. En 2013, ces dons, qui ouvrent droit à une réduction d’impôts, ont représenté 179 273 €. Le capital est mis à disposition de la Nef par un mécanisme appelé droit de tirage qui lui permet d’équilibrer ses comptes.
  • Le fonds commun de placement (FCP) Amundi Protect Solidaire. Amundi un des leaders mondiaux de la gestion de fonds. Ce fonds solidaire est un fonds diversifié composé d’actions, d’obligations, de monétaire, et de financements solidaires à hauteur d’environ 8%. En 2013, ce fonds au capital partiellement garanti a rapporté 3,99% aux épargnants. Il contribue au financement des activités d’une dizaine d’organismes solidaires agrées, parmi les plus reconnus, tels que Initiative France et Autonomie et Solidarité pour l’insertion par l’activité économique ; Entreprendre pour Humaniser la Dépendance et Habitat et Humanisme, pour le logement des personnes en difficulté ; ou encore Terre de liens pour le développement foncier de l’agriculture biologique.
  • Le Fonds commun de placement d’entreprise (FCPE) AG2R La Mondiale Solidaire Euro ISR. En tant que FCPE réservé à l’actionnariat salarié dans le cadre d’un PEE ou d’un PERCO, ce fonds bénéficie d’avantages fiscaux. AG2R est un des leaders de l’assurance en France. Le fonds est investi principalement en actions de la zone Euro. Il est donc fortement exposé aux risques du marché et, en contrepartie, offre un fort rendement tant que le marché actions est à la hausse. En 2012, il a rapporté 9,81%. Environ 7% du fonds est utilisé pour financer des activités solidaires à travers la Société d’investissement du réseau France Active (SIFA).

On voit dans ce simple contraste entre trois produits que les produits d’épargne labellisés Finansol peuvent être aussi différents les uns des autres que les placements classiques sur lesquels ils reposent. Leur rendement est avant tout lié à leur niveau de garantie ou de risque – risque induit, entre autres, par leur exposition aux marchés actions.

L’investissement solidaire par club d’investisseurs, société de capital risque ou coopérative

Ce type de financement solidaire consiste pour l’épargnant à investir dans l’économie solidaire en devenant membre, actionnaire ou sociétaire d’un club d’investisseur, d’une société de capital risque ou d’une coopérative dédiés au financement des entreprises ou des associations à forte utilité sociale ou environnementale.

L’investissement solidaire est une expérience très enrichissante pour qui désire comprendre et influencer l’économie et la finance. Il offre la possibilité de s’engager plus fortement que l’épargne solidaire citée plus haut :

  • Participation aux décisions : L’épargnant peut prendre part aux décisions de l’organisme qui entretient une relation directe, souvent localement, avec les entrepreneurs ou les dirigeants d’associations qu’il finance.
  • Pas d’attente de profit : le but des organismes de financement est avant tout solidaire. Ils ne visent généralement pas à accroître la valeur de la part ou des actions détenues par l’épargnant mais plutôt à maintenir son capital.
  • Engagement dans la durée. L’investissement solidaire est un processus collectif, réfléchi, donc lent et long. Il vise le développement dans la durée et recherche un actionnariat stable. Par exemple, Les Cigales, ci-dessous, ont un cycle d’investissement de cinq ans.

Quelques exemples parmi des dizaines d’organismes d’investissement solidaire, dont beaucoup ont plus de vingt ans d’expérience :

  • Les Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire (CiGALES) : Ces club se définissent comme « au carrefour de l’épargne de proximité, de l’épargne éthique et de l’épargne solidaire ». Chaque club est constitué de 5 à 20 personnes qui mettent une partie de leur épargne et de leur savoir en commun pour financer des créateurs d’entreprise.
  • La Société Financière de la Nef est une coopérative déjà évoquée plus haut. En rejoignant les 33 500 sociétaires de la Nef, l’épargnant soutient l’action de la coopérative et participe à ses grandes orientations. De plus, des sociétaires-bénévoles peuvent rencontrer les emprunteurs pour aider les équipes crédit de la Nef à avoir une meilleure compréhension de leurs projets.
  • Autonomie & Solidarité est une société de capital risque dont le capital est constitué au trois quarts par des actionnaires particuliers. Ces épargnants, pour la plupart de la région Nord Pas-de-Calais, souscrivent une ou plusieurs parts de 77 euros. Le capital est utilisé pour apporter des fonds propres à des créateurs de petites entreprises innovantes et sociales afin de lutter contre le chômage et l’exclusion. Les épargnants ne recherchent pas de dividendes ou de plus-values. Slogan : « Leur dividende, c’est la création d’emplois ! ».
  • La Caisse Solidaire est un établissement financier agrée Economie Solidaire et partenaire de Finansol. Associée au Crédit Coopératif qui garantit sa liquidité et sa solvabilité, la Caisse Solidaire collecte les dépôts auprès d’épargnants pour accorder des crédits favorisant la création d’emplois ou les activités à finalité sociale, environnementale ou culturelle dans la Région Nord Pas-de-Calais.

Le financement participatif ou crowdfunding solidaire en ligne

Le financement participatif (crowdfunding en anglais) peut être une bonne solution pour les épargnants qui désirent apporter leur soutien, projet par projet, à plusieurs entreprises ou associations de solidarité.

De nombreuses plateformes de financement participatif se consacrent exclusivement à la finance solidaire sous forme de financement de microcrédits ou de prêts plus classiques.

Trois exemples :

  • Babyloan, site de financement participatif (crowdfunding) par microcrédit : Site pionnier du crowdfunding solidaire, Babyloan permet à l’épargnant de découvrir les projets de micro-entrepreneurs qui développent une activité d’autosubsistance en France et aux 4 coins du monde, plutôt dans des pays pauvres. L’épargnant peut prêter directement en ligne à partir de 20€ par projet, et se fait rembourser ensuite mensuellement sur son compte. Les frais sont assez importants car la gestion des micro-crédits est onéreuse. En revanche, leur efficacité dans le développement économique est prouvée.
  • Spear, plateforme d’épargne solidaire en crowdfunding en collaboration avec des partenaires bancaires :  Spear se démarque par son modèle original. Les épargnants choisissent sur le site les projets solidaires qu’ils désirent soutenir. Ils souscrivent alors au capital de la coopérative Spear à hauteur du financement qu’ils désirent apporter. Les banques partenaires prennent ensuite le relai et financent ces projets à un taux avantageux en même temps qu’elles rémunèrent le capital de l’épargnant à un taux de l’ordre de 2%. L’investissement au capital de Spear ouvre droit à une réduction d’impôt sur le revenu ou à une réduction d’ISF au titre de l’investissement dans les PME non cotées.
  • Arizuka, plateforme de crowdfunding solidaire par don avec contrepartie. Arizuka est un exemple d’entreprise solidaire qui n’est pas labellisée Finansol. Ce n’est pas non plus une forme d’épargne mais j’ai voulu le mentionner ici pour ne pas donner l’impression que la finance solidaire se limite à Finansol. Sur Arizuka, les particuliers peuvent financer des projets d’innovation sociale, de développement durable ou culturel très divers, y compris des projets ponctuels qui ne rentreraient pas dans le champ des organismes déjà cités. Exemple : le financement de « joëlettes », des chaises roulantes tout terrain, pour aider les handicapés à assister à un festival de rock en plein air – ce don ouvre droit à une réduction d’impôt. Les donateurs reçoivent en remerciement de leur don une contrepartie, souvent symbolique, comme une invitation ou un t-shirt.

Finance Solidaire, mode d’emploi pour l’épargnant

Les principales étapes de la finance solidaire sont pour l’épargnant :

  • Choisir les œuvres d’utilité sociale ou environnementale que l’on désire financer.
  • Choisir le niveau de don ou le sacrifice de rentabilité que l’on est prêt à assumer.
  • Choisir la durée de son engagement en tant qu’épargnant. La plupart des modes de financement solidaire font appel à l’épargne longue.
  • Examiner les placements solidaires comme n’importe quel placement, en s’assurant que les caractéristiques risque/rendement/liquidité du produit conviennent à ses objectifs et ses besoins :
    • Quel risque ? Le capital et les intérêts sont-ils garantis ?
    • Quel rendement attendu ? Quel a été le rendement observé sur un, trois, cinq ans ? S’il s’agit d’un fonds, comment sa performance est-elle analysée par les sites spécialisés tels que Morningstar ou Quantalys ?
    • Quelle disponibilité pour l’épargne ? Quelle est la liquidité de la plateforme, sa capacité à faire racheter les parts d’un épargnant par un autre ? Si l’argent est immobilisé, comme par exemple dans un PEE, un PERCO ou un club d’investissement, pour quelle durée ? Quelles sont les conditions de retrait anticipé ?
    • Quels frais additionnels ? Quels sont les frais qui ne sont pas déjà déduits du rendement observé ou estimé ?
  • Quels avantages fiscaux ? La part de don et la part d’investissement dans des petites entreprises ouvrent-elles droit à des réductions d’impôts dans le cadre des réductions d’impôts pour don à des œuvres d’intérêt général et de réduction d’impôt pour le financement des petites entreprises non cotées ?
  • Dernière étape à ne pas négliger (on le fait trop souvent !) : Suivre l’emploi de son épargne et de son investissement jusqu’à son terme.

Pour donner tout son sens à son action, l’épargnant qui désire soutenir l’économie solidaire devrait considérer que sa toute première contribution consiste à choisir et vérifier soigneusement l’emploi de son argent. En pratique, malheureusement, on le fait peu. C’est dommage car la construction d’une véritable alternative à la finance classique ne se fera pas sans une plus grande exigence des épargnants.

Remerciements

Merci à Benoît Granger pour ses commentaires et suggestions. Les éventuelles erreurs sont entièrement miennes. Merci de me les signaler!

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

2 réflexions au sujet de « Finance solidaire : mode d’emploi »

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