Crowdfunding, les raisons d’y croire – Entretien avec Benoît Granger


09/07/2014 par Therese 2 réponses (2)

Baromètre du crowdfunding en France 2013La finance participative ou crowdfunding est-elle réellement une alternative à la finance classique ? Peut-on lui faire confiance ? Comment va-t-elle évoluer ? Que penser du crowdfunding solidaire ? J’ai posé ces questions à Benoît Granger, expert des questions d’éthique, de finance solidaire et d’innovation financière, et responsable des bonnes pratiques au sein de l’association Financement Participatif France.

Bonjour Benoît, tu es engagé aux côtés de l’association Financement Participatif France, qu’est-ce qui t’a convaincu de rejoindre ce mouvement ?

J’ai observé de très près la naissance du financement participatif à partir de mon poste de professeur d’entrepreneuriat. J’ai regardé les modèles. J’ai rencontré les entrepreneurs qui ont fondé ces plateformes. J’ai constaté qu’ils avaient beaucoup de compétences et qu’il y a avait au sein de l’association de financement participatif une réelle volonté d’auto-réguler ce secteur émergent et de mettre en place des principes de bonne gouvernance. J’ai donc un espoir raisonnable et raisonnée par rapport aux trois formes de crowdfunding.

On constate un réel engouement pour les trois formes de finance participative : la finance participative par don avec ou sans contrepartie, la finance participative par prêt rémunéré ou non, et le financement participatif en capital. Les épargnants sont attirés parce que le financement participatif leur donne la possibilité de placer leur argent sur un projet qui les séduit en racontant son histoire. Il s’établit une relation humaine, simple et rapide entre le public et le porteur de projet. Cette relation contraste fortement avec la rationalité froide de la banque et la méfiance qui règne entre le public et le système bancaire.

Pour l’entrepreneur, l’engagement des particuliers sur son projet par le financement participatif est une forme de validation de son projet d’entreprise. Cela lui apporte un gage de crédibilité qui peut par la suite faciliter beaucoup de choses, y compris les relations avec les circuits financiers traditionnels.

Le crowdfunding est-il pour toi une alternative en concurrence frontale avec le système bancaire traditionnel ?

Non, surtout pas ! En réalité, pour moi la finance participative doit s’articuler avec les acteurs de la finance traditionnelle.

La banque traditionnelle a d’énormes coûts de production. Si elle devait traiter avec ses procédures et ses moyens les dossiers de crédit de petits entrepreneurs, elle devrait soit facturer d’énormes frais, soit renoncer à son profit – ce qu’elle ne fera pas. De plus la règlementation oblige la banque classique à respecter des normes de validation des crédits, par exemple à exiger des garanties, qui ne sont pas adaptées à la situation des petits entrepreneurs, et encore moins à celle des micro-entrepreneurs. La banque traditionnelle n’est dont pas en mesure de traiter ces dossiers.

Sous l’impulsion d’initiatives privées et d’associations, des alternatives ont été mises en place depuis plusieurs décennies. Un exemple sont les prêts d’honneur avec ou sans intérêts et sans garanties qui sont accordés sur dossier aux petites et très petites entreprises par des organismes comme Initiative France, Réseau Entreprendre, l’ADIE, et France Active.

Ces prêts d’honneurs offrent à l’entrepreneur non seulement un capital mais aussi une validation de son dossier et un accompagnement qui apportent de nouvelles garanties aux banques. C’est pourquoi ils aident souvent à obtenir ultérieurement un prêt bancaire. Mais les prêts d’honneur sont généralement limités à entre 3 000 et 30 000 euros et concernent surtout les démarrages d’entreprise.

Le financement participatif ou crowdfunding agit à un autre niveau. Il peut aider des petites et moyennes entreprises existantes à lever des fonds de l’ordre de quelques dizaines à quelques centaines de milliers d’euro pour des projets particuliers, par exemple pour financer un équipement, une expansion commerciale, ou encore − ce que le banques détestent faire – pour combler les besoins en fonds de roulement (BFR) nécessaires à leur développement.

La sélection des projets à financer varie selon les plateformes. Certaines plateformes analysent les dossiers en détail avec des partenaires spécialisés avant de les présenter aux épargnants. C’est le cas par exemple de la plateforme de prêt participatif Unilend. D’autres, comme la plateforme de financement participatif en capital Afexios, laissent la responsabilité de la validation des dossiers plus exclusivement à la communauté des investisseurs potentiels. Dans tous les cas, ce qui compte, c’est que le système est transparent pour l’épargnant ou l’investisseur, comme pour l’entrepreneur.

Les modèles les meilleurs se prouveront à l’usage, mais le schéma général est sain.

Tu as été très impliqué dans le développement de la finance solidaire. Comment vois-tu le développement du crowdfunding solidaire ?

Oui, j’ai participé à la création de Finansol dans les années 90. D’après le dernier baromètre de Finansol, l’épargne solidaire représente aujourd’hui 6 milliards d’euros et a généré plus d’un milliard d’euro de financement d’entreprises ou d’associations à forte utilité sociale ou environnementale. L’épargne solidaire est souvent une épargne longue, à cinq ans ou plus, qui permet de financer des projets de logements sociaux ou des petites entreprises solidaires. Cela permet à tout un chacun de donner du sens à son argent.

Le crowdfunding compte de nombreuses entreprises dont l’objectif principal ou exclusif est un objectif de finance solidaire.

Parmi celles-ci, le modèle de crowdfunding solidaire de Spear est particulièrement intéressant parce qu’il concilie d’emblée le financement participatif par le public et le système bancaire classique. Les projets sont validés par la communauté des épargnants, mais ce sont les banques partenaires, comme le Crédit Coopératif et la Société Générale, qui gèrent et assument le risque du prêt bancaire aux projets solidaires sélectionnés.

La plateforme de financement participatif de projets d’énergies renouvelables, Lumo, s’inscrit dans la même veine de collaboration, cette fois-ci entre les communautés locales, les industriels et les circuits de financement classiques. Quand un projet, par exemple un projet d’équipement d’une école en énergie solaire, est financé par le crowdfunding, il y a un effet d’approbation. C’est toute la collectivité qui s’engage.

Quels sont tes espoirs pour le financement participatif et comment comptes-tu orienter ton action en tant que responsable des bonnes pratiques au sein de l’association ?

Je pense que le financement participatif donnera à beaucoup d’épargnants l’envie de participer activement aux changements qu’ils désirent voir dans l’économie en général et dans leur vie. J’espère qu’il va contribuer à créer un changement de mentalité chez les jeunes actifs en particulier, les motiver à prendre le contrôle de leurs finances.

Aujourd’hui, beaucoup d’épargnants sont paralysés par un sentiment diffus de méfiance envers les banques. Ils ne savent plus trop comment placer leur argent, comment évaluer l’équation risque/rendement, car ils ont l’impression que les dés sont pipés.

Définir les bonnes pratiques dans le financement participatif revient à définir des principes communs de loyauté et fiabilité dans les transactions et de transparence envers tous les participants.

Nous voulons prévenir autant que possible les incidents qui ne manquent pas d’arriver quand un nouveau secteur se crée. Nous discutons d’ailleurs avec les régulateurs, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)  et l’Autorité des marchés financiers (AMF)  et sommes prêts à relayer leurs exigences vis-à-vis des plateformes qui démarrent et à aider celles-ci à se mettre en conformité.

Mais, au-delà, nous voulons surtout  accompagner le développement du financement participatif pour qu’il continue à s’améliorer et devienne de plus en plus efficace. Quand on regarde par exemple l’histoire du microcrédit, on constate, mis à part quelques histoires dramatiques, une nette amélioration au cours du temps. Au départ, les taux d’intérêts du microcrédit pouvaient grimper jusqu’à 40% à cause des coûts de production. Aujourd’hui, dans les mêmes régions, ces taux sont tombés à des taux de 16% à 23% qui sont des taux plus acceptables pour des prêts sans garantie.

Bref, je suis très positif.

Merci, Benoît !

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

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