Diversifier pour réduire le risque du crowdfunding


06/02/2015 par Therese 9 réponses (9)

La diversification est une règle d'or du placement en crowdfundingStratégie de base de la gestion du risque en finance, la diversification permet de réduire le risque du crowdfunding. Les statistiques des plateformes de crowdfunding étrangères démontrent son efficacité. L’épargnant français doit veiller à l’appliquer au financement participatif des PME.

Le crowdfunding, financement participatif en français, a le vent en poupe.  Une étude récente affirme même qu’un français sur deux serait prêt à financer les petites et moyennes entreprises par l’intermédiaire du crowdfunding !

Sacré changement pour les français qui d’habitude préfèrent l’épargne sécurisée de type Livret A et assurance vie en fonds euros, et s’intéressent très peu aux placements plus risqués comme les actions cotées en bourse (4% seulement de l’épargne des particuliers).

Comment gérer le risque des placements en crowdfunding ? C’est le sujet de ce post qui zoome sur le crowdfunding par prêt aux petites et moyennes entreprises (PME), mais dont les conclusions sont également applicables à l’investissement participatif en capital (equity crowdfunding).

Le risque est intégré dans le modèle de crowdfunding

Le crowdfunding par prêt rémunéré aux PME est en très forte croissance en France. Depuis la publication de la règlementation en octobre 2014,  plus d’une dizaine de plateformes on été agrées par l’ORIAS, dont, par exemple, Unilend, Lendopolis, ou Finsquare.  Ces plateformes permettent aux particuliers de financer ensemble des projets d’entreprises et de recevoir en retour des remboursements avec un taux d’intérêt brut de 5% à 12%, soit des taux bien supérieur à celui de l’épargne entièrement sécurisée.

Ces taux sont élevés parce qu’ils intègrent le risque de défaillance des entreprises [Note 1]. Si une entreprise fait défaut, généralement après 12-18 mois, l’espoir de recouvrer les remboursements restant dus est faible et la procédure de recouvrement prend du temps. Il y a donc un risque de perte d’une partie du capital investi. Un premier exemple en France est la récente défaillance de la société Smok-It qui avait levé 75 000 euros auprès de 300 internautes sur Unilend.

Le risque des prêts en crowdfundingVoilà concrètement comment le risque du crowdfunding est intégré :

  • La plateforme classe les emprunts par niveau de risque du moins risqué (A+ ou 5 étoiles, selon le système de notation) au plus risqué (C- ou une étoile) – avec parfois un deuxième niveau de notation selon la durée du prêt. Cette notation donne une première indication au prêteur qui demandera un taux d’autant plus élevé que l’emprunt est risqué. Les prêts à très haut risque étant interdits en France, les plateformes présentent généralement des emprunteurs à risque faible ou moyen A et B  [Note 2].
  • Le prêteur fait sa propre estimation, influencée par celle des autres prêteurs : Le prêteur utilise l’information en ligne pour estimer les chances de réussite de l’entreprise et de son projet. Les réactions des autres prêteurs de la plateforme: nombre d’offres, montants, taux, vitesse de réaction etc. influencent son jugement. C’est la « sagesse de la foule » censée débusquer les bonnes et les mauvaises affaires.
  • Le prêteur demande un taux brut, en visant un taux net de défaut et de commission. Si le prêteur suppose que le projet a un taux de défaut moyen de 2% et si la commission de la plateforme est 1%, il demandera un taux brut de 8% pour obtenir un rendement net de 5% (soit 8%, moins 2%, moins 1%). Le taux de défaut est une estimation du coût du risque de non remboursement qui viendra en déduction du rendement. On l’estime souvent à, en gros, entre 0,5% et 5%, selon le niveau de risque du prêt.

Les chiffres cités ici sont des estimations grossières, purement indicatives, basées sur des chiffres publiés sur des plateformes de crowdfunding françaises et étrangères en attendant que le financement participatif des PME français accumule un historique qui permettra de produire statistiques de données réelles  [voir Note 2].

L’efficacité de la diversification pour réduire le risque est prouvée

Si le crowdfunding permet de partager les risques entre de nombreux prêteurs, c’est la diversification qui permet à chaque prêteur de réduire son risque.

Diversifier un placement, c’est « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Dans le cas du crowdfunding, c’est fractionner sa mise sur de nombreux projets ayant des facteurs de risque différents les uns des autres, pour que d’éventuelle pertes sur les uns soient compensées par les gains des autres.

Pour mesurer combien la diversification peut réduire le risque de perte des prêts aux PME, on peut consulter l’historique des statistiques des sites étrangers qui opèrent depuis plus longtemps que les plateformes françaises. Voila par exemple celles du site de crowdfunding anglais Funding Circle, basées sur une expérience de 5 ans et plus de 20 000 prêteurs.
Diversifier réduit le risque du crowdfunding
On observe que la diversification permet de réduire drastiquement le risque sans sacrifier le rendement :

  • Les prêteurs qui ont peu diversifié perdent parfois de l’argent. En fractionnant leur mise sur 10 prêts ou moins, ces prêteurs obtiennent des taux nets assez divers, parfois très positifs mais parfois aussi négatifs: certains perdent de l’argent à -1% ou -2% en net, 12% obtiennent un taux net inférieur à 4% et 88% un taux net supérieur à 4%, .
  • Les prêteurs très bien diversifiés ne perdent pas d’argent et obtiennent à 99% un taux supérieur à 4%.  En fragmentant leur mise sur au moins 100 prêts dont aucun ne représente plus de 1% du total, tous les prêteurs obtiennent un taux net positif, 99% un taux supérieur à 4%, et la plupart un taux proche de la moyenne, soit 6,4%.

Mais pas besoin nécessairement d’aller jusqu’à 100 prêts, la réduction du risque par diversification est sensible dès 25 ou 30 placements. Dès 50 prêts bien diversifiés sur Funding Circle, 100% des prêteurs ont un rendement net positif.

L’importance de la diversification est telle que les plateformes de crowdfunding au Royaume Uni ou aux Etats-Unis proposent en option une solution de diversification automatique des placements qui sont répartis sur tous les prêts d’une ou plusieurs classes de risques. Les plateformes de prêt aux entreprises françaises n’ont pas pour l’instant des projets en nombre suffisant pour proposer ce type de solution. Mais elles seront certainement proposées dès que possible [Note 3].

En attendant, c’est à l’épargnant individuel qu’il revient de diversifier ses prêts au PME !

On diversifie souvent moins qu’on ne devrait

Crowdfunding Tous nos projetsCe qui est formidable en crowdfunding, c’est qu’on voit où va notre argent. On peut choisir chacun des projets d’entreprise que l’on veut financer, découvrir l’entrepreneur, examiner le bilan de l’entreprise et son projet. Les entreprises étant des petites et moyennes entreprises souvent centrés  sur un produit ou service principal, on comprend plus facilement leurs enjeux que ceux des grands groupes du CAC 40 .

Le revers de la médaille est qu’on peut se laisser emporter.

  • On se prend au jeu : par exemple on mise et définit son taux pour être sûr de gagner l’enchère, plutôt que par rapport aux qualités du projet.
  • On surestime la prédictibilité du business : quelles que soient les qualités du projet et de l’entreprise financée, il y a toujours des impondérables.
  • On mise sur peu de projets, toujours les mêmes : on choisit les projets auxquels on s’identifie. On néglige ceux qui nous paraissent ennuyeux… et au final on a placé sont argent sur deux ou trois projets qui ont les mêmes facteurs de risque.

Bref, on ne diversifie pas, et on ne réduit pas son risque. C’est OK si on choisit sciemment une stratégie d’investissement risqué… encore faut-il en avoir les moyens !

Conclusion

Si on veut réduire le risque d’un financement de PME par prêt en crowdfunding, il faut diversifier ses placements.

Il faut parfois se forcer à le faire. C’est moins glamour et ça prend plus de temps, mais on risque moins à prêter 100 fois 20 euros qu’une fois 2 000.

Notes

Les chiffres utilisés dans cet articles sont purement indicatifs. Ils ne prédisent en aucun cas les performances futures du crowdfunding en France et n’ont aucune valeur de conseil ou de recommandation. Ils servent ici uniquement à illustrer l’impact d’une stratégie active de réduction de risque. Merci de signaler toute erreur.

[Note 1] A coté du risque de défaillance de l’emprunteur, il y a d’autres risques comme les risques liés au fonctionnement de la plateforme de crowdfunding ou à l’environnement légal.

[Note 2]  Les plateformes de crowdfunding en Angleterre et aux Etats-Unis publient des statistiques mais elles ne sont pas immédiatement transposables. Dans ces pays, il est légal de  prêter (en crowdfunding ou autrement) à des emprunteurs à très haut risque, de classe C-, voire aux Etats-Unis D, E, ou F. Le taux d’intérêt brut des prêts aux entreprises peut alors dépasser 14% au Royaume-Uni et 20% aux Etat-Unis. Cela est interdit en France ou la lutte contre le surendettement est une priorité et les taux doivent être inférieurs au taux d’usure (13,27% pour les prêts aux entreprises ce trimestre), ce qui ne permet pas de couvrir les risques élevés. Pour cette raison, les plateformes de crowdfunding françaises ne sélectionnent généralement que des candidats emprunteurs à risque faible ou moyen de type A ou B, (trois ou quatre étoiles), voir discussion à ce sujet dans l’interview de Nicolas Lesur. La plateforme de crowdfunding par prêts de particuliers à particuliers Prêt d’Union qui opère depuis 2011 publie des statistiques de taux de défaut.

[Note 3] Prêt d’Union, ne propose que des placements automatiquement diversifiés. On n’y choisit pas un à un les prêts à des particuliers qu’on veux financer, mais on choisit une classe de risque, et on achète une part d’un fonds qui englobe tous les prêts de cette classe.

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

9 réflexions au sujet de « Diversifier pour réduire le risque du crowdfunding »

  1. alùix

    Bonjour,

    pour ma part, je suis engagé à hauteur de plusieurs milliers d’euros sur des sites de crowdfunding depuis quelques mois. J’ai même diversifié mes prêts sur 3 plates-formes (Unilend, finsquare, Lendopolis) et j’ai soutenu environ 33 sociétés différentes sur des montants allant de 50 à 300 euros.

    Après quelques mois d’expérience, je ne peux qu’engager à la plus grande prudence pour les prêteurs :
    – 33 sociétés soutenues, 2 en retard de paiement (Séryotel pour

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  2. alix

    Je continue mon message suite à une fausse manip . 😉

    – Je disais donc Séryotel en retard de paiement (après seulement une mensualité payée !), Elyce Service également en retard pour finsquare (4 jours effectifs mais pas encore de news depuis le 13/03 qui était la première mensualité, donc à prendre avec des pincettes)
    —> Pour mémoire, Séryotel était noté 3,5/5 par Unilend, Elyce Service 4/5 par Finsquare.

    Si même les fleurons des sites de crowdfunding ne respectent pas leurs engagements, à qui faire confiance ? Et tout ceci en faisant abstraction de la fiscalité française qui est absolument infecte puisqu’il n’est pas possible de déduire fiscalement ses pertes.

    Bref, après quelques mois de tests, le bilan n’est pas folichon. J’engage ces sites à faire preuve d’une parfaite clarté quand aux risques de non remboursement (je n’ai pas encore vérifié objectivement leurs statistiques officielles), sachant qu’un seul défaut en début de prêt peut réduire à néant le rendement, voire même à le faire basculer en négatif.

    Le rapport avec ces plates-formes est basé sur la confiance que l’on soit prêteur ou chef d’entreprise, elle risque vite d’être rompue si, comme moi, vous commencez à douter des statistiques ou si vous constatez des défauts de paiement ou des retards de mensualité au bout de si peu de temps.

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  3. Therese Auteur de l’article

    Merci @Alix pour ce témoignage important. J’essaye toujours dans ce blog de souligner aussi bien le potentiel de rendement que le risque du crowdfunding. Comme vous le soulignez, des retards de paiement très peu de temps après que l’emprunt soit conclu sont inquiétants. Si le retard ou la cessation de paiement intervient 1 an ou 18 mois après, on peut imaginer que les problèmes n’étaient pas prévisibles. Mais si les problèmes surgissent très tôt cela jette un doute sur la qualité de l’analyse de risque de la plateforme. Ce serait vraiment très utile de nous tenir au courant de la suite. Merci encore

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  4. alix

    Rebonjour Thérèse,

    merci d’avoir répondu. Mes contrats sont variés, ils vont jusqu’à 60 mois. Mes prêts sont bien répartis suivant les secteurs d’activité, cela va du petit commerce à l’industrie en passant par des applications informatiques…
    L’avenir me dira si j’ai bien « travaillé » sur ces prêts et si cela est aussi rentable. J’ai mis cette page dans mes favoris et je ne manquerais pas de vous tenir au courant, sachant que je fais un break total là dessus pour quelques mois.

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  7. Alix

    Bonjour Thérèse, tout d’abord, excellente année 2016 à toi.

    Choses promises, choses dues, je reviens avec mon bilan 2015 en crowdfunding. J’aurais pu écrire un roman là dessus, mais je vais m’en tenir aux chiffres et à quelques observations techniques.

    * Nbre de plates-formes testées : 3 (Unilend, Finsquare, Lendopolis)
    * Montant total investi : jusqu’à 11k dont au moins 40% sur Unilend.
    * Nbre de stés financées : 61
    * Montants moyen investi par projets : autour de 170e.

    * Nbre de stés en défauts (dès la première année du prêt) : 4
    (Karma Voyages, Unilend), BLI Alsace (Unilend), Alm Solutions industrielles (procédure de sauvegarde, Unilend), Pacha (Finsquare).
    ==> On remarquera que Lendopolis ne présente aucun défaut à ce jour et que le taux de défaut est très peu élevé sur Finsquare pour l’instant.
    ==> On observera également que la moitié des défauts concerne des stés de BTP.

    * Impact des défauts sur le portefeuille total, toutes plates-formes confondues : 4,31%.
    L’impact des défauts est pour l’instant très limité car les stés en défaut sont sous-pondérées dans mon portefeuille.

    Et enfin, résultat net à fin 2015 : +0,33%…

    C’est bien sûr extrêmement décevant, mais quand je consulte les forums sur le crowdfunding, je m’en tire apparemment assez bien…Et surtout, il faudra voir les résultats sur le long terme, notamment avec l’effet de la déduction des pertes au niveau fiscal qui vient d’être votée récemment. Je reste ouvert à un article plus étendu là dessus, avec un retour d’expérience.

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