Responsable de son argent – Entretien avec Philippe Geffroy


02/10/2015 par Therese 3 réponses (3)

Responsable de son argentEn ces temps de crise, on se perçoit souvent comme la victime impuissante du système financier. On pointe du doigt les banques, on râle… Ça soulage, mais ne nous aide pas vraiment. Philippe Geffroy, coach et thérapeute, nous propose au contraire de décider d’être responsable de notre argent pour mieux le mettre au service de notre bien-être.

Bonjour, Philippe. Dans votre dernier livre « 12 principes pour mettre l’argent au service de son bien-être », vous conseillez à vos lecteurs de « décider d’être responsable » de leur argent. Vous écrivez :

« ­Acteur ou victime, à vous de choisir !…  Vous êtes responsable (je n’ai pas dit coupable) de vos choix et il ne sert absolument à rien de vous plaindre ou de récriminer. »

N’est-ce pas difficile de se sentir responsable quand la crise financière fait tant de victimes innocentes, quand on perd son boulot, quand on a l’impression de ne travailler que pour payer des charges et des impôts … ?

Si on revient à la racine étymologique du mot, être responsable signifie « avoir l’habileté, la capacité d’apporter une réponse ». Je ne suis pas responsable, ni coupable, de ce qui m’arrive,  comme par exemple de naître dans une famille pauvre ou de perdre mon travail à la suite d’un licenciement économique. Mais je suis à 100% responsable de la réponse que je choisis d’apporter face à cette situation. Cette croyance dans ma faculté de choix est une croyance fondamentale qui me permet d’être acteur de ma vie, et non victime.

C’est un choix existentiel. Dans l’approche psychothérapeutique que j’utilise, la Gestalt thérapie, on parle des contraintes existentielles. Une de ces contraintes est la solitude :  chacun est seul et livré à ses propres choix pour conduire sa vie. La responsabilité en est une autre.

Si l’on se pense comme acteur, si on a la conviction qu’on peut influencer sa vie, on se comporte très différemment d’une personne qui se vit comme une victime, ballotée comme une coquille de noix au gré des circonstances. Dans le premier cas, si un problème survient, on va chercher une solution. Dans le deuxième cas, on va chercher des raisons de ne rien faire. Par exemple, une couturière talentueuse s’est installée à la campagne pour profiter de la nature et du calme. Elle fait des vêtements magnifiques, très bien finis. Elle ouvre une boutique sur place. Mais c’est la campagne, et les paysans n’ont pas vraiment l’usage de ses vêtements sophistiqués. Elle ne vend rien. Si elle se pensait comme acteur, elle comprendrait que son choix de vie l’incite à aller chercher ses clients plus loin. Mais, au contraire, elle se pense comme victime, elle accuse les paysans de mauvais goût et se plaint de ce qu’ils ne savent pas apprécier la qualité de son travail. Elle ne voit pas qu’elle se débrouille elle-même pour échouer car elle croit qu’elle dépend entièrement de son environnement. Elle est paralysée.

Mais n’est-ce pas inconscient ? Comment savoir si on se vit comme victime et comment sortir de cet état ?

Tout d’abord il faut prendre conscience des bénéfices secondaires d’être dans le rôle de victime: on se fait plaindre, on ne s’expose pas à la critique. On reste dans sa zone de confort. Il est plus coûteux psychiquement d’être responsable car cela veut dire s’exposer, prendre des risques. Par exemple quand la couturière devient commerçante, elle perd ses repères, elle est mal à l’aise. Elle est paralysée par la peur. Il lui faut alors prendre conscience du fait que ne pas agir est aussi une forme de réponse dont les conséquences peuvent être tout aussi négatives que l’action. Il faut sortir de l’illusion que rester dans sa zone de confort est plus sûr et nous rendra plus heureux qu’avancer et prendre des risques.

Il faut dépasser la peur d'agirIl faut dépasser la peur d’agir, qu’elle vienne du manque d’argent ou de la peur de perdre celui qu’on a. Il faut traverser la peur par l’action. On a tous vécu ces moments où, après coup, après avoir agi, on se demande pourquoi on avait tant tergiversé avant de se lancer. On se freine énormément à cogiter, par exemple en imaginant tout se qui pourrait se passer si on quittait son emploi. On se fait un film avec des images terrifiantes : je vais devenir un SDF, ma famille va me quitter… En réalité, on va peut être faire certains mauvais choix, mais on trouvera aussi des solutions. Dans mon cas, j’ai un jour fait un mauvais investissement dans l’immobilier défiscalisé que je raconte dans mon livre. J’ai perdu pas mal d’argent. Mais j’ai mis mon ego de coté et j’ai appris ma leçon ­: ne pas se laisser embobiner par les beaux parleurs et bien s’informer. Je me suis réapproprié mon choix. Cela m’a permis de faire plus tard une opération similaire, mais cette fois-ci avec succès.

On choisit tout le temps. Ne pas choisir, c’est faire un choix.

Si je comprends bien, décider d’être responsable de son argent, c’est assumer ses choix et ses risques. Comment faire, concrètement ?

Augmenter sa sphère d'influenceJe propose une méthode pour « prendre tout son pouvoir », c’est-à-dire augmenter sa sphère d’influence, son pouvoir d’action sur les circonstances externes.

Le premier élément de cette méthode est de se fixer un objectif qui donne du sens à notre action. Il faut que cet objectif soit stimulant, réaliste mais  un peu au-delà de ce que nous nous croyons normalement capable de faire. Il doit nous donner l’énergie d’avancer. Il est plus facile d’épargner pour un projet de vie que d’épargner simplement pour sa retraite. Par exemple un agriculteur de 45 ans, surendetté à cause de la course au rendement, s’est donné comme projet de devenir apiculteur. Ce projet l’a tiré de la dépression. Il lui a donné l’envie et la force de sortir d’une situation très douloureuse d’impuissance, de dépendance totale par rapport aux banques et aux subventions de l’État.

Le deuxième élément est de déterminer sa marge de manœuvre. Quelles sont les sécurités dont on a vraiment besoin en considérant les choses essentielles, par exemple pour sa famille ? Si on met en regard des dépenses les ressources à notre disposition, quel est le « point mort » où ces dépenses indispensables sont couvertes par les revenus ? Pour reprendre l’exemple précédent, notre apiculteur a fait la démarche de réduire les dépenses de son foyer afin de mener à bien son projet. Au final il se retrouve maintenant avec un revenu disponible largement supérieur à ce qu’il avait avant.

Troisième ingrédient :  il faut se tenir prêt à recevoir. Il faut s’informer, être prêt à mobiliser ses réseaux, aller chercher toutes les alliés potentiels. Par exemple, beaucoup de musiciens galèrent pour gagner leur vie. Mes enfants musiciens ont crée un collectif d’artistes. Ils ont ensuite monté un programme qui leur a permis de faire une tournée avec 35 dates en une saison.

Être responsable de son argent demande de la créativité car chacun doit apporter ses propres réponses à sa situation sans reproduire ni les réponses des autres ni les réponses du passé. Il faut faire attention au leurre de l’expérience qui peut être bloquante. A chaque situation, il y a des milliers de réponses possibles. Il faut éviter de se braquer sur une seule. Dans mon activité de coaching, je propose la règle des trois : pour  faire face à un problème je propose de trouver systématiquement trois options possibles. Il faut s’entrainer à être créatif.

Enfin, cela demande aussi un effort de ténacité. En dépit des « chocs de simplicité » annoncés, nous vivons dans une croissante complexité. Cela devient un vrai métier de savoir se repérer dans tous les dispositifs et les lois, parfois contradictoires les uns des autres. Il faut avoir confiance et s’entourer de gens en lesquels on a confiance. Il faut accepter de faire les choses les unes après les autres, avec humilité, petit pas par petit pas.

Le travail psychologique sur soi que vous recommandez peut paraître un luxe à certains. J’ai trouvé en ligne un commentaire dans ce sens par un lecteur qui taxait votre livre de livre «écrit par un riche pour les riches »

Un livre de riche ? Sans doute, puisque, d’après L’INSEE on est « riche »  à partir d’un revenu disponible de 3 000 euros par mois pour une personne seule et 5 700 euros pour un couple. Mais je ne l’ai pas toujours été. Cela me donne d’ailleurs une certaine légitimité pour parler d’argent ! Je viens d’une famille ouvrière. A 15 ans je faisais les marchés, puis j’ai été fonctionnaire, avant de changer de vie… Maintenant, à bientôt 60 ans, je recueille les fruits de ma responsabilité.

Un livre seulement pour les riches ? Certainement non. Je sais que ce n’est pas facile pour tous, et particulièrement pour certaines personnes en grande difficulté financière, d’entendre un discours de responsabilité individuelle. Ce n’est pas un discours « vendeur », contrairement aux discours catastrophistes ou accusateurs des médias et des politiques. Mais je pense qu’il y a toute une frange de la population qui est prête à l’entendre. Ce sont des gens, pauvres ou riches, jeunes ou moins jeunes, qui ont déjà fait un certain cheminement. Ils veulent avancer et lever les obstacles, y compris les obstacles psychologiques qui les empêchent de prendre le contrôle de leur vie financière.

Il ne faut pas attendre de moi, ni de mon livre, des solutions toutes faites. Par exemple, il n’y a pas de chiffres dans mon schéma de la prospérité, de l’équation entre revenus et dépenses. Car chacun a sa propre équation en fonction de ses choix, de son mode de vie, de ses valeurs et de ses aspirations. Certains  recherchent un certain confort matériel, d’autres privilégient la simplicité, d’autres encore rejettent l’argent en faveur de systèmes d’échange comme les SEL.

Notre éducation, notre histoire nous a donné quelques cartes en mains, pas que des bonnes et pas toutes les bonnes, après c’est à nous de tracer notre parcours.

Merci Philippe !

Vous pouvez retrouver Philippe sur son site Les Jardiniers de l’être.

Autres comptes-rendus et entretiens avec Philippe Geffroy

Mettre l’argent au service de son bien-être,  2 septembre 2015

Psychologie des problèmes d’argent, 27 mars 2015

5 clés d’un bon rapport à l’argent 1 mars 2014

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

3 réflexions au sujet de « Responsable de son argent – Entretien avec Philippe Geffroy »

  1. françoisgontier

    Article intéressant, en revanche dans un contexte de crise on a du mal à faire la part des choses

    Répondre
  2. Therese

    Bien d’accord. Il faut beaucoup de courage pour se motiver et s’occuper de son argent quand on peut économiser moins de 10 euros par mois, comme c’est le cas pour 23% des français. Mais c’est mieux que de ne rien faire et se déprimer, non ?

    Répondre
  3. Ping : Le crowdfunding tiendra-t-il ses promesses ? - Finance Pratique - Le blog

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*