Le crowdfunding tiendra-t-il ses promesses ?


16/10/2015 par Therese 2 réponses (2)

Le Crowdfunding tiendra-t-il ses promesses?Le crowdfunding ou financement participatif est une des rares vraies innovations financières. En France, il n’en est encore qu’à ses débuts. Tiendra-t-il ses promesses ? Oui, si les plateformes continuent à innover et si les épargnants sont responsables et exigeants.

Cet article examine le développement du crowdfunding en France au moment où la révélation de malversations sur Trustbuddy, un site international de prêt participatif coté en bourse, pourrait jeter le doute sur ce secteur naissant,

Les plateformes de crowdfunding sont des places de marché en ligne qui mettent en relation directe des porteurs de projet en recherche de financement et des épargnants prêts à financer ces projets :

  • Sous forme de dons, avec ou sans contrepartie. Exemples: Arizuka, Ulule, KissKissBankBank, Kickstarter.
  • Sous forme de prêt rémunéré par des intérêts, prêts aux particuliers ou aux entreprises. Exemples : Unilend, Lendopolis, Lendix, Prêt d’Union.
  • Sous forme d’investissement en capital. Exemples : Smartangels, WiSeed, Anaxago, Sowefund.

Les formes de crowdfunding qui rémunèrent financièrement les contributeurs, prêteurs ou investisseurs, constituent pour eux une forme de placement financier.

Une nouvelle finance ?


e crowdfunding promet une nouvelle financeLe crowdfunding porte la promesse d’une nouvelle finance qui redonnerait aux épargnants le contrôle de leur argent. Ses caractéristiques :

  • Le pouvoir à la foule : Le crowdfunding redonne le pouvoir à la foule (crowd, en anglais) des petits et moyens épargnants. Il démocratise des formes de placement à haut rendement/haut risque jusque là réservés à une élite et aux financiers eux-mêmes. Ainsi, par exemple, sur WiSeed, un épargnant peut entrer au capital d’une société privée avec 100 euros ou devenir promoteur immobilier à partir de 1 000 euros. La décision de financer ou non un projet dépend du collectif des investisseurs.
  • Transparence : Les porteurs de projet qui sollicitent la contribution de l’épargnant expliquent à quoi seront employés les fonds collectés. Ce sera, par exemple, l’achat d’un foodtruck sur Ulule, la fabrication d’une première voiture de sport électrique entièrement française, proposée sur Smartangels  ou le développement d’un test biotechnologique de détection des fibroses sur Anaxago. On parle d’un « circuit court » en crowdfunding car l’argent va directement de l’épargnant au porteur de projet, ce qui contraste avec l’opacité de la circulation de l’argent dans le système bancaire traditionnel.
  • Sens : Le crowdfunding finance des projets de particuliers, de startups et de petites et moyennes entreprises (PME). Il est dynamique et créateur d’emploi. Le contributeur peut s’identifier avec l’histoire concrète, personnelle, et souvent passionnante, des porteurs de projets – des histoires plus engageantes que les stratégies des grandes entreprises cotées en bourse. Chacun peut choisir des projets qui correspondent à ses valeurs telles que la culture sur Proarti, la solidarité sur 1001Pact ou la protection de l’environnement sur Lumo.

Le marché français n’en est encore qu’à ses débuts

Le crowdfunding en France au 1er semestre 2015Il y a presque deux ans, le gouvernement français affirmait son ambition de faire de la France un pays leader du financement participatif. On est aujourd’hui très loin de cet objectif.

  • Le crowdfunding français est assez bien encadré. Le gouvernement a publié une réglementation spécifique en octobre 2014. Cette réglementation combinée à l’action d’autorégulation de l’association Financement Participatif France (FPF) permet d’espérer que la France pourra éviter un scandale majeur tel que celui de Trusbuddy évoqué plus haut..
  • Le secteur souffre de la faiblesse économique de la France. D’après la FPF, le crowdfunding a permis de collecter 133 millions de fonds du premier semestre 2015, soit le double des 66 millions collectés à la même époque l’année dernière. Pas facile de démocratiser la finance quand la croissance économique est nulle. C’est malheureux, mais plus de la moitié des français épargnent moins de 50 euros par mois et on comprend qu’ils préfèrent un placement sécurisé au crowdfunding. Du coté des porteurs de projet, cela ne va pas tellement mieux : l’indice de confiance des entreprises est très bas. Peu d’entre elles sont en mode investissement.
  • Trop de plateformes se disputent peu de business. Plus de 160 plateformes de crowdfunding se partagent le marché français. La plateforme de prêt entre particuliers, Prêt d’Union pèse 40% du marché. Les 76 plateformes agrées en tant que Conseil en Investissement Participatif (CIP, plateforme d’investissement en capital) ou Intermédiaire en Financement Participatif (IFP, plateforme de prêt rémunéré) ont collecté en tout environ 50 millions. Pas encore de quoi vivre de leurs commissions. On peut s’attendre à ce que le secteur se consolide et que les plus petites plateformes soient absorbées par les autres.
  • La France est en retard par rapport à ses voisins. Déjà en 2014, le taux de croissance du crowdfunding Européen était de 144%, soit presque moitié plus que le taux de croissance français. Au Royaume Uni, de loin le plus gros marché d’Europe, les fonds collectés se comptent déjà en milliards d’euros. A lui seul, le pionnier du financement participatif par prêt entre particuliers, Zopa, a récemment passé la barre des 1 milliards de livres prêtés depuis sa création.

Les plateformes doivent continuer à innover

Le crowdfunding est souvent biaisé entrepreneurLe secteur du crowdfunding n’en est qu’à ses débuts. Les plateformes de crowdfunding doivent continuer à se développer.

  • Les plateformes veulent étendre leur périmètre règlementaire. L’association FPF a soumis au gouvernement une liste de 12 propositions qui, d’après elles, les aideraient à développer le secteur. Elles demandent par exemple que les sociétés soient autorisées à investir directement dans le crowdfunding, que les collectivités publiques soient autorisées à l’utiliser pour collecter des fonds, que de nouveaux types de placements soient autorisés tels que les obligations convertibles et les prêts d’une durée supérieure à 7 ans.
  • Elles doivent continuer à évangéliser le crowdfunding. Contrairement à ce qu’affirme les Echos, le crowdfunding, ou financement participatif, n’est pas « bien ancré dans les mentalités ». Il faut plus quelques émissions télévisées pour comprendre le crowdfunding, et surtout pour passer à la pratique. Les plateformes doivent continuer leurs efforts de communication et de pédagogie. Actuellement, sans doute à cause de la concurrence pour attirer les meilleurs projets, l’effort de communication semble plus tourné vers les entrepreneurs porteurs de projets que vers les petits contributeurs. Dommage !
  • Innover pour répondre aux besoins des contributeurs. Les sites de crowdfunding se ressemblent beaucoup les uns les autres. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire pour offrir des solutions qui aident les épargnants dans la compréhension et la gestion de leurs placements et de leurs risques. Exemples : les projets présentent rarement leurs  « facteurs de risques » et les engagements de communication post-financement sont peu clairs.

Le crowdfunding rend les épargnants responsables

Le crowdfunding permet d'apprendre à gérer le risqueUne nouvelle finance n’est possible que si les épargnants aussi changent. D’après une enquête du CREDOC, 80% des français se sentent perdus en matière de placement financier et, c’est la bonne nouvelle, 79% souhaiteraient en apprendre davantage. Le crowdfunding, c’est l’occasion de :

  • Prendre le contrôle de son argent. Beaucoup trop d’épargnants ont abandonné toute velléité de contrôler leur épargne, préférant s’en remettre à l’état et à la banque-assurance. Résultat des courses ? L’Etat est en faillite et les banques ont déclenché une crise dont on n’est toujours pas sorti. Le crowdfunding permet de devenir un épargnant responsable au sens définit par Philippe Geffroy, un épargnant qui s’occupe de son argent pour le mettre au service de son bien-être.
  • Apprendre à gérer son risque. Il faut abandonner l’illusion que la technologie simplifie ou sécurise la finance. Elle en facilite l’accès, la rend plus pratique, mais les fondements de la finance restent les mêmes et en particulier : pas de rendement sans risque. En misant de petites sommes, à partir de 20 euros pour les prêts et 100 euros pour l’investissement, sans frais de compte, on  peut apprendre à gérer ce risque, par exemple par la diversification.
  • Faire son éducation financière. Le crowdfunding permet de se familiariser avec l’analyse des facteurs de rentabilité des projets des particuliers et des entreprises. On peut apprendre à lire les bilans simplifiés des PME. Des investisseurs avisés partagent leurs analyses dans les commentaires des plateformes ou sur les forums dédiés comme Crowdlending.fr. C’est une véritable école de la finance, particulièrement intéressante pour ceux qui ont la fibre entrepreneuriale.
  • Etre exigeant. La tendance naturelle des financiers n’est pas (pas encore ?) de penser les services financiers à partir des besoins des petits et moyens épargnants. Le crowdfunding est encore un secteur d’entreprises à taille humaine que ses clients peuvent influencer. N’hésitez pas à faire entendre votre voix. Vérifiez la solidité de la plateforme, son management, ses partenaires. Exigez la transparence totale sur les frais facturés aux contributeurs comme aux entrepreneurs, sur les taux de défaut, les processus de sélection des projets etc.

Conclusion

Le crowdfunding est une formidable opportunité. Il ne tiendra ses promesses d’une nouvelle finance plus collaborative, plus transparente, et plus porteuse de sens que si la « foule » des contributeurs l’exige.

A défaut, le crowdfunding pourrait retomber dans tous les travers de la banque traditionnelle.

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En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

2 réflexions au sujet de « Le crowdfunding tiendra-t-il ses promesses ? »

  1. Marine

    C’est un concept qui en séduit plus d’un, moi comprise. Je pense qu’il fera beaucoup d’heureux s’il tient ses promesses.

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  2. Kevin

    Perso, je trouve que le crowdfunding est une bonne façon d’investir son argent. J’ai pas mal d’amis qui l’ont fait d’ailleurs. Toutefois, j’avais lu récemment que cette formule avait connu quelques problèmes en France, non ?

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