5 causes majeures d’erreur dans la gestion de notre argent


15/11/2016 par Therese 2 réponses (2)

Biais Cognitifs IntroDe nombreuses raisons nous poussent à faire parfois des erreurs quand nous gérons notre argent. Mais la plus étonnante est celle-ci : notre cerveau est prédisposé à faire certaines erreurs de jugement et prendre des décisions financières irrationnelles.

Comprendre ces prédispositions, appelées biais cognitifs, nous aide à les corriger. C’est l’objet de ce post inspiré des travaux de psychologues et économistes en finance comportementale.

La finance comportementale

Notre mode de pensée réflexeLa finance comportementale nous explique que nous prenons des décisions selon deux modes de pensée, un peu comme si nous avions un cerveau à deux vitesses :

  1. Un mode réflexe, intuitif, qui juge très rapidement les situations et est très influencé par les émotions. C’est lui qui nous fait retirer la main du feu.
  2. Un mode plus lent qui utilise la mémoire et l’analyse logique, rationnelle. C’est lui qui nous permet, par exemple, de faire des calculs complexes.

Par sa rapidité et sa plus grande facilité, le mode (1) prend souvent le pas sur le jugement rationnel (2) et introduit des « biais cognitifs », des prédispositions mentales.

5 biais cognitifs

5 biais cognitifs qui peuvent nous faire perdre de l'argentLes biais cognitifs causent des erreurs quand ils brouillent le raisonnement logique, le jugement rationnel qui devrait gouverner la gestion de notre argent. Cinq biais très communs :

  1. Aversion au risque
  2. Horreur de perdre
  3. Mauvais calculs
  4. Faux espoirs
  5. Comportement suiveur

Nous avons tous ces prédispositions à des degrés différents. Voyons comment elles peuvent influencer négativement nos décisions financières.

Biais 1 : Aversion au risque

L'aversion au risqueSi je vous propose de choisir entre tirer 100 euros à pile ou face (image de gauche), ou bien recevoir 50 euros directement (image de droite), que choisissez-vous ? La plupart des gens choisissent de prendre les 50 euros.  Mathématiquement, les deux options ont la même valeur (50% de chance de gagner 100 euros = 50 euros), mais la plupart d’entre nous préfère la sécurité au risque, la certitude à l’incertitude.

Les plus riches, ceux pour lesquels 50 euros est une petite somme, prendront plus facilement le risque de ne rien gagner. Pour évaluer votre aversion au risque, demandez-vous à partir de quel enjeu vous seriez prêt à tirer à pile ou face. A moins de 100 euros, vous aimez le risque. S’il faut 150 euros, ou même 200 euros pour vous convaincre de jouer à pile ou face, vous avez une grande aversion au risque.
L'aversion au risque peut nous faire manquer des opportunités
L’aversion au risque est bénéfique quand elle nous empêche de prendre des risques inutiles. Mais toutes les décisions, telles qu’acheter une maison ou prendre un travail, ont une part de risque. On ne peut pas l’éviter totalement, il faut apprendre à gérer le risque.

De plus, en finance, le risque est rémunéré. Un placement sans risque comme le Livret A rapporte peu. Les placements à risque tels que les actions promettent une forte plus-value en contrepartie du risque de perte en capital.  Il faudrait logiquement prendre des risques pour une partie de son capital – ce qui est plus facile pour ceux qui ont un patrimoine important.

Biais 2 : Horreur de perdre

L'horreur de perdreSi je vous propose de choisir entre tirer à pile ou face de me payer 100 euros (image de gauche), ou bien me payer 50 euros directement (image de droite), faites-vous le même choix entre risque et certitude que précédemment ? La plupart des gens sont plus ouvert à l’idée de tenter leur chance pour éviter de payer 50 euros. Les chercheurs ont constaté que, statistiquement, nous ressentons les pertes deux fois plus fortement que les gains.

L'horreur de perdre peut faire prendre des risquesLe refus de lâcher prise, d’accepter une perte est un mélange d’attachement à nos possessions, de refus de perdre la face, de reconnaître une erreur. Cela peut entrainer dans une spirale où on prend de plus en plus de risques dans l’espoir de « se refaire ». C’est ainsi que des traders en arrivent à perdre des milliards. Un exemple plus ordinaire est le propriétaire qui n’arrive pas à vendre sa maison parce qu’il la surévalue et refuse d’en baisser le prix.

Biais 3 : Mauvais calculs

Mauvais calculNous ne sommes pas des ordinateurs, et pas non plus des professionnels qui ont l’habitude de manipuler des chiffres. Notre perception des chiffres est très changeante selon le contexte. Dans l’alignement de machines présenté ci-dessus, la présence d’une machine à 750 euros fait apparaître le prix de 350 euros comme raisonnable. Le prix bas et le prix haut nous servent de points d’ancrage pour une échelle mentale de prix qui n’est pas rationnelle.

Nous sommes facilements manipulésNous sommes facilement manipulables par la présentation des chiffres. Nous sommes attirés par les gros chiffres. Les commerçants en jouent. C’est un des nombreux biais dans notre manière d’assimiler l’information. Nous avons également tendance à accorder plus d’importance à l’information nouvelle et originelle. Nous faisons aussi de fausses généralisations à partir de cas particuliers non représentatifs.

Biais 4 : Faux espoirs

Faux espoirsNotre cerveau est très peu performant quand il s’agit d’évaluer objectivement la chance (ou le risque) qu’un évènement lié au hasard, comme le tirage de numéros du Loto, survienne.

Les faux espoirs de gagner le gros lot sont entretenus par de petits gains. En réalité, un joueur a une chance sur 19.068.840 de gagner au Loto une chance sur 116.531.800 de gagner l’Euro Millions. Le vrai chiffre important du Loto est son taux de redistribution aux joueurs qui est de 53%, ce qui signifie que l’état gardera de toute façon 47% du prix des tickets. Un joueur régulier doit considérer son jeu comme une dépense.

Nous avons des difficultés à évaluer nos risques et nos chancesL’estimation objective d’un risque (ou d’une chance) se fait mathématiquement par le calcul des probabilités.

Les chercheurs ont démontré que nous avons tendance à surestimer les petits risques et à sous-estimer les grands. Face à un petit risque, disons moins de 10% de probabilité, nous nous concentrons sur lui plutôt que notre chance à 90% de l’éviter. Lorsque le risque est très élevé, à une probabilité de 90% ou plus, nous nous réconfortons en pensant qu’il n’est pas 100% certain. Au milieu, autour d’une probabilité de 50%, nous sommes très insensibles aux variations de probabilité qui nous dérangeraient aux extrêmes. Très irrationnel !

Biais 5 : Comportement suiveur

Comportement suiveurSi vous êtes devant deux restaurants, l’un vide et l’autre fréquenté par de nombreux clients, dans lequel entrez-vous ? Nous avons tendance à faire spontanément confiance au jugement des autres, à aimer ce qui est populaire, à suivre les mouvements de foule….

Le suivisme nous fait perdre de l'argentLe comportement suiveur est une des raisons pour lesquelles l’épargnant moyen a souvent des stratégies d’investissement perdante. Il achète pour faire comme tout le monde, quand le prix est au plus haut, et vend quand il voit que tout le monde vend, donc au plus bas. Le suivisme nous pousse à acheter à la hausse et vendre à la baisse, et donc à faire une perte.

Conclusion : Pas de décision financière sous pression

Pas de décision financière sous pressionLa principale leçon à tirer de l’observation de nos biais cognitifs est qu’il faut éviter de prendre des décisions financières sous pression. Car alors, notre cerveau réflexe nous entraîne dans des décisions irrationnelles. Les arnaqueurs le savent : ils nous poussent à nous décider très vite sous divers prétextes. Il faut au contraire se donner le temps de la réflexion et ne pas hésiter à user du droit de rétractation si on pense qu’on s’est trompé.

En savoir plus

Références en finance comportementaleCet article est inspiré librement de différents ouvrages de finance comportementale, la science qui cherche à expliquer comment nous prenons des décisions financières. Un des principaux penseurs de cette discipline est le Prix Nobel d’économie 2002, Daniel Kahneman.

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

A propos Therese

En tant qu'utilisatrice des services financiers, puis consultante pour des banques et compagnies d’assurance, Therese a constaté qu’en finance, c’est souvent le client qui doit s’adapter au service et pas l’inverse. Pour elle, la finance doit changer. Pour contribuer à ce changement, Therese a entrepris de fournir de l'information plus pratique, plus simple et plus objective sur tous les sujets liés à la finance personnelle.

2 réflexions au sujet de « 5 causes majeures d’erreur dans la gestion de notre argent »

  1. Cecilia

    Wow, j’ai vraiment adoré cet article ! Bravo, il est très intéressant. Les cinq points qui y sont évoqués me parlent beaucoup. Grâce à cet article, je vais pouvoir éviter des erreurs que j’aurais sûrement faites. Merci.

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    1. Therese Auteur de l’article

      @Cecilia. Merci, ça fait plaisir. Personnellement même après avoir pris conscience de ces biais, j’ai encore du mal à les corriger. C’est dire s’ils sont forts !

      Répondre

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